Réinventer l’engagement : 5 pistes pour mobiliser autrement
Si la journée mondiale de la générosité continue de grandir en France, elle est aussi un formidable laboratoire d’idées pour imaginer de nouvelles manières de mobiliser les publics. Une réalité s’impose progressivement : les formes d’engagement évoluent. Les citoyens, et notamment les jeunes générations, ne s’engagent plus toujours dans les cadres classiques. Ils privilégient des formes plus souples, plus collectives, souvent hybrides entre le numérique et le terrain.
Pour les associations et fondations, comprendre ces évolutions est essentiel pour continuer à mobiliser efficacement. Comment alors réinventer l’engagement et toucher de nouveaux publics ?
Voici cinq pistes concrètes pour adapter vos stratégies et renforcer votre impact.
1. Mobiliser des communautés plutôt que des individus isolés
Pendant longtemps, les campagnes de mobilisation reposaient principalement sur des appels individuels : devenir bénévole, faire un don, signer une pétition.
Aujourd’hui, une tendance forte se dessine : l’engagement passe de plus en plus par des communautés déjà constituées.
Il peut s’agir de groupes structurés autour de centres d’intérêt (sport, culture, gaming), de collectifs locaux ou encore de réseaux professionnels partageant des valeurs communes.
Pourquoi cela fonctionne ?
Parce qu’un engagement porté collectivement est souvent plus puissant et plus durable. Les personnes agissent non seulement pour une cause, mais aussi pour leur communauté.
Les organisations peuvent ainsi :
- activer des micro-communautés affinitaires
- créer des coalitions autour d’une cause commune (climat, solidarité locale, inclusion)
- encourager des actions collectives simultanées dans différents territoires
Certains modèles illustrent particulièrement bien cette dynamique. Le mouvement international 1% for the Planet, par exemple, fédère entreprises et associations autour d’un engagement simple : reverser 1 % du chiffre d’affaires à la protection de l’environnement.
Ce type de logique montre que l’impact peut devenir exponentiel lorsque l’engagement est partagé et visible au sein d’une communauté.
Pour les organisations non profit, cela ouvre de nouvelles perspectives : mobiliser des réseaux déjà actifs plutôt que repartir de zéro.
2. Utiliser la technologie comme levier d’engagement
Le numérique est souvent perçu comme un outil de communication. Mais il peut aussi devenir un véritable amplificateur d’engagement.
Les innovations technologiques permettent aujourd’hui de connecter plus facilement les citoyens aux causes qui les concernent.
Parmi les usages les plus prometteurs :
- l’intelligence artificielle pour mettre en relation bénévoles et missions solidaires
- les plateformes pair-à-pair qui connectent directement citoyens et associations
- les outils collaboratifs qui facilitent la co-création de campagnes solidaires
- le gaming comme nouveau terrain d’engagement
La technologie ne remplace pas l’engagement humain : elle le facilite.
Un exemple particulièrement inspirant est celui de l’application Entourage, qui recrée du lien social entre riverains et personnes en situation de précarité. Grâce à une interface simple, les utilisateurs peuvent proposer des actions solidaires, signaler des situations d’isolement ou rejoindre des initiatives locales.
Ce type d’outil montre que le numérique peut devenir une porte d’entrée accessible vers la solidarité, en s’intégrant dans les usages quotidiens.
Pour les associations, cela implique de réfléchir non seulement aux messages, mais aussi aux expériences d’engagement proposées aux citoyens.
3. Proposer des formats d’engagement flexibles et accessibles
Autre évolution majeure : l’engagement se veut désormais plus flexible.
Beaucoup de citoyens souhaitent s’impliquer, mais ne peuvent pas toujours s’engager sur la durée. Entre vie professionnelle, familiale et personnelle, les disponibilités sont parfois limitées.
C’est pourquoi les formats courts rencontrent un succès croissant :
- missions de bénévolat de quelques heures
- défis solidaires ponctuels
- actions en ligne rapides
- missions express sur des projets précis
La plateforme publique JeVeuxAider.gouv.fr illustre parfaitement cette évolution. Elle propose aux citoyens de choisir des missions solidaires adaptées à leur disponibilité : quelques heures, une journée ou quelques jours.
Cette logique présente plusieurs avantages :
- elle simplifie l’entrée dans l’engagement
- elle permet de tester différentes causes
- elle s’adapte aux rythmes de vie contemporains
Pour les associations, proposer des formats modulables peut constituer un excellent levier pour recruter de nouveaux bénévoles, notamment lors de temps forts.
4. Intégrer l’engagement dans la vie quotidienne
L’innovation sociale ne consiste pas toujours à créer de nouveaux dispositifs complexes. Parfois, elle consiste simplement à insérer l’engagement dans les pratiques existantes.
Autrement dit : rendre l’action solidaire aussi naturelle qu’une activité du quotidien.
Cela peut passer par :
- des événements culturels intégrant une dimension solidaire
- des défis sportifs au profit d’une cause
- des expériences participatives dans l’espace public
- ou encore des initiatives numériques intégrées dans les usages courants
L’application française WeWard illustre parfaitement cette approche. Son principe est simple : les utilisateurs cumulent des points en marchant au quotidien, qu’ils peuvent ensuite transformer en dons ou en actions solidaires.
L’engagement ne demande alors aucun temps supplémentaire. Il devient un prolongement naturel d’une activité déjà existante.
Ce modèle révèle une idée clé pour les acteurs associatifs : réduire la charge mentale liée à l’engagement. Plus l’action est simple et intégrée dans le quotidien, plus elle devient accessible à un grand nombre de personnes.
5. Co-créer les projets avec les publics
Enfin, une transformation majeure concerne la manière même de concevoir les initiatives solidaires.
Pendant longtemps, les organisations imaginaient des projets pour les publics. Aujourd’hui, la tendance est de plus en plus de les construire avec eux.
La co-création devient un puissant moteur d’engagement.
Elle peut prendre différentes formes :
- co-conception de campagnes de sensibilisation
- participation des citoyens à la définition des objectifs
- implication des bénéficiaires dans la gouvernance des projets
- animation d’actions en pair-à-pair
La Fresque du Climat illustre parfaitement ce modèle. Cet atelier participatif permet aux participants de comprendre collectivement les mécanismes du changement climatique en reconstruisant eux-mêmes les liens de cause à effet.
Le rôle de l’animateur n’est pas de transmettre un savoir, mais de faciliter l’intelligence collective.
Résultat : les participants deviennent souvent eux-mêmes relais du dispositif, animateurs ou porteurs d’initiatives locales.
Cette approche montre que l’engagement devient plus durable lorsque les citoyens ne sont plus seulement participants, mais co-acteurs du projet.
Ce que les associations peuvent retenir pour réinventer l’engagement
Ces nouvelles pratiques dessinent une transformation profonde des dynamiques de mobilisation.
Plusieurs enseignements clés émergent :
- l’engagement se construit de plus en plus au sein de communautés
- la technologie peut devenir un facilitateur puissant
- les formats courts et flexibles répondent mieux aux contraintes de la vie quotidienne
- l’engagement s’intègre dans les pratiques ordinaires
- la co-création renforce l’adhésion et l’impact
Pour les associations et fondations, ces évolutions ne doivent pas être perçues comme une rupture, mais comme une opportunité de réinventer l’engagement.
Rejoignez le mouvement !
Chaque année, Giving Tuesday offre aux organisations l’occasion d’expérimenter de nouvelles formes de mobilisation et de mettre en lumière leurs actions.
Que ce soit à travers une campagne de dons, un défi solidaire, une mobilisation citoyenne ou une initiative collaborative, c’est un moment privilégié pour tester, innover et fédérer autour de la générosité.