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Par Carenews INFO - Publié le 13 février 2026 - 11:08 - Mise à jour le 13 février 2026 - 11:31 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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Les associations environnementales déçues par la Stratégie nationale pour l’alimentation

Réclamée par les associations, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a été publiée mercredi 11 février. Malgré « quelques mesures intéressantes », le Réseau action climat déplore un manque d’engagement du gouvernement sur la malbouffe, la consommation de viande et les produits ultra-transformés.

Le Réseau action climat appelle à un « "moins, mais mieux", c’est-à-dire une consommation de viande limitée mais privilégiant la viande de qualité, produite de manière durable en France ». Crédit : iStock / Olivier DJIANN
Le Réseau action climat appelle à un « "moins, mais mieux", c’est-à-dire une consommation de viande limitée mais privilégiant la viande de qualité, produite de manière durable en France ». Crédit : iStock / Olivier DJIANN

 

Après plus de deux ans d’attente et alors qu’avaient lieu à l’Assemblée nationale les débats dans le cadre de la pétition contre la loi Duplomb, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a été publiée par le gouvernement mercredi 11 février. Ce document, issu des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, a pour objectif de déterminer les moyens pour tous les Français d’accéder à une alimentation saine et durable à horizon 2030, en permettant une cohérence entre les politiques des ministères. 

Attendue par les associations, sa publication devait initialement avoir lieu en 2023, mais avait été repoussée à plusieurs reprises par les différents gouvernements.  

 


Lire également : Stratégie nationale sur l’alimentation, la nutrition et le climat : un nouveau report de la publication indigne les ONG


  

Pas d’interdiction de publicité pour la « malbouffe » 

  

« Sa sortie constitue un certain soulagement », partage le Réseau action climat (RAC), dans un communiqué. Pour la fédération d’associations environnementales, la Snanc reste cependant « une occasion manquée, en raison des multiples reculs entérinés par les gouvernements d’Emmanuel Macron ces derniers mois ».  

Parmi les motifs de déception pour l’association, l’absence de restrictions à l’égard de la publicité et du marketing pour la malbouffe. Le document pose en effet comme objectif de « réduire la pression marketing sur la population, notamment les enfants, pour les produits non respectueux de l’environnement et de la santé », mais limite l’action à des leviers incitatifs.  

Sont cités par exemple la mise en œuvre, l’application du Nutri-Score ou encore les engagements volontaires des marques à travers les « contrats climats », prévus par la loi Climat et résilience. « En cas d’insuffisance des dispositions volontaires, une mesure règlementaire d’encadrement du marketing alimentaire dans les médias sera envisagée », précise simplement la Snanc.  

Récemment, le Royaume-Uni, particulièrement touché par l’obésité infantile, a décidé d’aller plus loin, en interdisant la publicité pour la malbouffe avant 21 heures à la télévision et sur les réseaux sociaux. 

 


Lire également : Entretien : la publicité est-elle l’ennemie de la transition écologique ?


  

« Une limitation de la consommation de viandes », sans objectif chiffré 

  

Le Réseau action climat déplore en outre les réticences du gouvernement « à s’emparer du sujet de l’alimentation ultra-transformée » et « à assumer un objectif chiffré de réduction de la consommation de viande ». Des choix en contradiction avec « une partie des recommandations émises par les institutions scientifiques et les organes consultatifs », estime le RAC, citant les avis du Haut Conseil de la santé publique et de la Conférence nationale de santé. 

La Snanc prévoit effectivement « une limitation de la consommation de viandes et de charcuteries, en particulier importées » ainsi qu’« une augmentation de la consommation de produits végétaux (fruits, légumes, légumineuses et fruits à coque) », mais ne pose pas d’objectif chiffré. « La modération de la consommation de viande doit aussi permettre un report vers une viande locale et de qualité, par exemple issus d’un élevage pâturant pour la viande bovine », précisent les auteurs du document. 

Là encore, les leviers évoqués à l’horizon 2030 sont surtout incitatifs et d’accompagnement, par exemple via le soutien aux filières légumineuses, l’actualisation des recommandations nutritionnelles en restauration collective ou l’incitation à diversifier l’offre en plats préparés. 

De son côté, le Réseau action climat appelle à un « "moins, mais mieux", c’est-à-dire une consommation de viande limitée mais privilégiant la viande de qualité, produite de manière durable en France ». Le gouvernement doit également développer « des mesures de soutien pour accompagner les éleveurs français dans cette transition », ajoute-t-il. 

 


Lire également : Dans un essai, la directrice générale de Foodwatch attaque les dérives de l’industrie agroalimentaire, créatrice « d’une société de malbouffe » 


  

Les aliments ultra-transformés très peu évoqués 

  

Concernant les aliments ultra-transformés, la Stratégie nationale ne prévoit aucun objectif de réduction.  

Elle fixe simplement comme actions à mettre en œuvre celle de « poursuivre l’objectif de l’expertise sur le sujet des aliments ultra-transformés (AUT), notamment la question de leur association avec la santé et les mécanismes explicatifs sous-jacents » et celle de « poursuivre les travaux pour arriver à une définition opérationnelle des AUT ». 

La Snanc prévoit également « l’accompagnement de la filière agro-industrielle […] notamment vers une alimentation moins transformée » et d’« adapter la définition du "fait maison" à la restauration collective, le promouvoir, et accompagner la transformation des recettes et la formation des cuisiniers vers l’utilisation de produits moins transformés ».  

  

Sans moyens humains et financiers à la hauteur, ni une régulation plus forte du secteur agroalimentaire, ces ambitions resteront des promesses non tenues »

Benoit Granier, responsable alimentation du Réseau action climat 

  

L’appel du RAC à l’abrogation de la loi Duplomb 

  

Malgré « plusieurs mesures intéressantes », par exemple la nécessité affichée de lutter contre la précarité alimentaire et de garantir à tous et toutes l’accès à une alimentation saine et durable, « le gouvernement fait le choix de privilégier les intérêts de certains lobbies agro-industriels au détriment de l’intérêt général et de la santé des citoyens », considère le Réseau action climat.  

« Sans moyens humains et financiers à la hauteur, ni une régulation plus forte du secteur agroalimentaire, ces ambitions resteront des promesses non tenues », avertit Benoit Granier, responsable alimentation de la fédération. 

« Les orientations de la Snanc doivent s’imposer à l’ensemble des politiques et lois à venir », appelle en outre le RAC, demandant l’abrogation de la loi Duplomb ainsi que « le renoncement à toute nouvelle loi du même acabit en faveur de l’industrialisation de l’élevage et d’une agriculture toujours plus intensive en pesticides et engrais de synthèse ».  

Les associations jugent par ailleurs la proposition de loi Duplomb 2, visant à ré-autoriser l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes, ainsi que certains éléments « pressentis » du projet de loi d’urgence agricole « en contradiction frontale avec les ambitions de la Snanc en matière de préservation de l’environnement et de santé publique ». 

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

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