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Par Observatoire B2V des Mémoires - Publié le 18 février 2026 - 15:06 - Mise à jour le 2 mars 2026 - 09:05
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Femmes et science : trois générations de chercheuses, une même liberté de penser

L'Observatoire B2V des Mémoires a donné la parole à trois chercheuses issues de générations et de disciplines différentes. Catherine Thomas-Antérion, neurologue, Hélène Amieva, épidémiologiste, et Juliette Van Eycken, doctorante en neurosciences, partagent une même exigence scientifique et un même refus des assignations, tout en portant des regards complémentaires sur l’évolution du monde de la recherche.

Catherine Thomas-Antérion, Hélène Amieva, Juliette Van Eycken
Catherine Thomas-Antérion, Hélène Amieva, Juliette Van Eycken

Trois parcours, trois temporalités, mais une conviction commune : la science progresse moins par l’uniformité que par la liberté de questionner, d’explorer et de penser autrement.

Le choix de la recherche, entre curiosité et liberté

Pour Juliette Van Eycken, rien ne la prédestinait à une carrière scientifique. « Les métiers de ma famille étaient davantage liés au commerce qu’aux sciences », raconte la jeune doctorante. Très tôt pourtant, la curiosité s’impose comme un moteur. Longtemps attirée par la médecine, elle découvre à l’université le monde de la recherche, l’étude du comportement humain puis les neurosciences. « J’ai compris que la recherche correspondait à mon envie de comprendre, d’explorer et d’être créative. »

Chez Hélène Amieva, le désir de recherche apparaît très tôt. « Dès ma première année de faculté, je savais que je voulais devenir chercheuse. » Ce qui l’attire : la possibilité de contribuer à la construction du savoir et la dimension profondément créative du métier. « Être chercheur, ce n’est pas s’enfermer dans un domaine étroit, mais multiplier les hypothèses et oser, lorsque c’est nécessaire, s’écarter des chemins tracés par le savoir établi. » De la psychologie aux neurosciences, puis à l’épidémiologie, son parcours se construit autour d’un même fil conducteur : comprendre le fonctionnement cognitif en l’inscrivant dans ses dimensions biologiques, sociales et environnementales. « Je n’ai jamais considéré que le fait d’être une femme soit un frein dans mes choix professionnels. »

Pour Catherine Thomas-Antérion, neurologue, cette liberté s’enracine dans une histoire familiale.

J’ai grandi dans une famille où, depuis plusieurs générations, les femmes travaillaient, faisaient des études et dirigeaient parfois des entreprises. Je ne me suis donc jamais interdit aucun choix. Catherine Thomas-Antérion, neurologue

La médecine s’impose par goût pour les relations humaines et la diversité des rencontres. La recherche vient ensuite, comme un prolongement naturel du soin, pour approfondir les questions rencontrées dans la pratique clinique. Elle rappelle toutefois que cette liberté n’allait pas de soi pour la génération précédente : « Ma mère, née en 1931, faisait partie des 5 % de femmes ingénieures. »

Le regard porté sur les femmes scientifiques : évolutions et nuances 

Sur la question du regard porté sur les femmes scientifiques, les témoignages convergent tout en se nuançant. Juliette décrit un environnement de travail où la parité est devenue une réalité concrète

J’ai la chance de ne pas ressentir de regard particulier lié au fait d’être une femme, ni dans mon quotidien de chercheuse, ni lors des congrès auxquels je participe.  Juliette Van Eycken, doctorante

« Au Centre de recherche en neurosciences de Lyon, la répartition femmes-hommes parmi les chercheurs et les chefs d’équipe est en voie d’atteindre la parité. » Une situation qu’elle sait encore inégale selon les pays et les institutions, mais qui témoigne d’évolutions réelles. 

Hélène Amieva partage ce constat. « Je ne ressens pas que la parole des femmes soit reçue différemment dans les instances de décision. Il y a vingt ans, les chefs d’équipe étaient majoritairement des hommes. Aujourd’hui, l’accès aux responsabilités est équilibré dans notre centre INSERM. » 

Catherine Thomas-Antérion, de son côté, évoque des stéréotypes plus diffus, liés à la personnalité plutôt qu’au genre. « “Trop originale”, “trop intellectuelle” : ces étiquettes dépassent la question du féminin. » Elle insiste sur la nécessité d’assumer son individualité et de se méfier des catégorisations. « Créer des espaces réservés peut vite conduire au repli. L’enjeu est de savoir travailler ensemble, en conjuguant nos différences. »

Diversité, mixité et non-conformisme scientifique 

Sur la question de la mixité, les trois chercheuses partagent une approche exigeante. Pour Juliette, la diversité est une condition de la qualité scientifique. « Elle compte autant parmi les chercheurs que parmi les sujets d’étude. Elle conditionne la validité et la portée des résultats. » 

Hélène Amieva insiste sur la primauté de la méthode et de l’objectivité.

Je me vois comme une chercheuse, pas comme une femme qui fait de la recherche. Hélène Amieva, épidémiologiste

Si elle se montre opposée à l’idée de quotas, elle souligne l’importance de garantir un accès égal aux disciplines scientifiques et de lutter contre toutes les formes de discrimination, y compris sociales. 

Catherine Thomas-Antérion va plus loin encore dans le refus des catégories. « Le terme de “mixité” me gêne, car il suppose des différences fondamentales entre les genres. Ce qui fait avancer la science, ce sont surtout des regards non conformistes, la créativité, l’opiniâtreté et la capacité à accepter l’isolement des idées nouvelles. »

Trois générations, une même exigence 

À distance de toute assignation, les voix de Catherine, Hélène et Juliette se répondent. Aucune ne rapporte d’obstacles particuliers dans son parcours, mais toutes rappellent un enjeu central : ouvrir largement l’accès aux sciences, diffuser l’information sur les métiers scientifiques et accueillir la diversité des trajectoires. Trois générations, une même conviction : la science ne se nourrit pas des catégories, mais de la liberté de penser et de la pluralité des regards.

 

 

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