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Par Chroniques philanthropiques par Francis Charhon - Publié le 20 mars 2026 - 16:00 - Mise à jour le 20 mars 2026 - 16:00
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La Fondation pour la Recherche Médicale : financer l’innovation scientifique et rapprocher la science de la société

Le rôle des fondations est essentiel dans le domaine de la santé et de la recherche. Leur soutien apporte flexibilité, innovation, support indispensable à de nombreux laboratoires et chercheurs. Ces initiatives privées issues de la générosité du public montrent bien la valeur ajoutée pour les projets de l’État. Elles sont des leviers d’investissement au service de l’intérêt général.

Maxime Molina, président du directoire de la Fondation pour la Recherche Médicale. (©Franck Beloncle)
Maxime Molina, président du directoire de la Fondation pour la Recherche Médicale. (©Franck Beloncle)

 

Une institution d’expérience, capable d’innover

 

  • Maxime Molina, vous présidez aujourd’hui le directoire de la Fondation pour la Recherche Médicale. C’est une institution ancienne, puisque sa création formelle remonte à 1967, même si son histoire débute dès 1947. Pouvez-vous nous présenter la fondation ?

 

Maxime Molina : La Fondation pour la Recherche Médicale (FRM) a une longue histoire mais elle n’a jamais cessé de se renouveler. Elle est née en 1947 autour de grandes figures médicales, Jean Dausset, Jean Bernard, Jean Hamburger, puis Claudine Escoffier-Lambiotte médecin et journaliste, avec l’ambition de soutenir une recherche médicale d’excellence. Mais ce qui me frappe quand on regarde son parcours, c’est sa capacité à rester en mouvement. À chaque époque, la fondation a su adapter ses modes d’action, ses priorités et ses outils. C’est pour cela qu’elle demeure aujourd’hui une institution de référence.

La FRM occupe une place particulière dans le paysage français. Nous ne sommes ni un organisme public, ni un laboratoire, ni un institut centré sur une seule pathologie, ni même une Fondation rattachée à une entreprise. Cette position nous donne une forme de liberté et d’agilité. Elle nous permet de financer des projets qui comportent une part de risque, des projets plus émergents, moins installés, parfois plus difficiles à faire entrer dans les cadres classiques du financement public. C’est là, d’une certaine manière, que se trouve notre modernité : dans notre capacité à soutenir des recherches nouvelles, à accompagner des ruptures, à encourager des approches qui peuvent transformer les connaissances ou les pratiques.

 

  • Les grands dispositifs publics financent des programmes déjà bien structurés, alors que vous pouvez intervenir là où il y a encore de l’incertitude, là où un projet n’entre pas dans les cases des appels publics.

 

C’est exactement cela. Il y a d’abord un rôle de complément car nous cofinançons des projets soutenus par ailleurs par l’ANR, les universités, les laboratoires, parfois d’autres institutions. Mais il y a aussi un rôle d’impulsion. Nous pouvons identifier un sujet qui nous paraît décisif pour l’avenir et construire un appel qui va faire bouger les lignes.

C’est là que notre rôle devient stratégique. Une fondation comme la nôtre peut contribuer à faire émerger une communauté scientifique autour d’un enjeu encore insuffisamment structuré. Nous pouvons aussi ouvrir des voies, créer des dynamiques, favoriser des rapprochements entre disciplines ou entre équipes qui ne se seraient peut-être pas rencontrées autrement.

 

Face aux enjeux de santé publique : quatre axes stratégiques

 

  • Quels sont les grands axes que vous avez retenus dans votre plan stratégique ?

 

Nous avons souhaité identifier quelques priorités fortes, à la fois parce qu’elles correspondent à de grands enjeux de santé publique et parce qu’elles appellent des avancées scientifiques encore insuffisamment explorées.

 

  1. Le premier axe, qui est pour nous majeur, concerne le lien entre environnement et santé.

Quand nous parlons d’environnement, nous le prenons au sens large : la pollution, bien sûr, mais aussi l’alimentation, le bruit, les lumières artificielles, l’exposition à certains produits, les pesticides, les modes de vie, les conditions sociales d’existence. Tous ces facteurs ont un impact sur la santé, mais cet impact reste encore imparfaitement compris. Or, si l’on veut progresser, il faut croiser les regards. C’est la raison pour laquelle nous avons lancé un appel à projets en demandant aux équipes de constituer de véritables consortiums mêlant biologie et sciences humaines et sociales.

Cette exigence était assez inédite. Nous avons demandé qu’il y ait à la fois des biologistes, mais aussi, selon les projets, des psychologues, des économistes, des démographes, des juristes ou d’autres spécialistes. Au départ, peu d’équipes se présentaient, parce que cette manière de travailler ensemble n’était pas encore totalement installée. Puis, progressivement, la communauté s’est organisée. Aujourd’hui, les candidatures ont très fortement augmenté, ce qui montre qu’un véritable champ s’est structuré. C’est un bon exemple de ce qu’une fondation peut faire : non seulement financer, mais aussi aider à faire naître une dynamique collective.

 

  • Cet axe est emblématique de votre capacité à casser les silos.

 

Oui, et c’est absolument essentiel. Certaines questions de santé, notamment sur cet axe pour nous prioritaire, ne peuvent plus être abordées uniquement sous un angle strictement biomédical. Lorsqu’on travaille sur l’impact de l’environnement, on doit aussi regarder les inégalités sociales, les différences territoriales, les pratiques alimentaires, les conditions de logement, les différences entre femmes et hommes. Il n’est pas équivalent de vivre dans un environnement rural ou à proximité d’un axe routier très fréquenté. Si l’on ne prend pas en compte cette complexité, on passe à côté d’une part du problème.

 

  1. Notre deuxième axe porte sur les questions de fertilité et de reproduction.

C’est un sujet de santé, mais aussi un sujet de société. On parle beaucoup de natalité, de son évolution, de ses déterminants économiques ou démographiques. Mais il ne faut pas négliger la part médicale de ces questions. L’infertilité peut être une des causes de la baisse de natalité, et elle peut être définie comme une pathologie ; elle peut affecter profondément les parcours de vie. Il nous paraît donc essentiel d’encourager davantage de recherches dans ce domaine.

 

  1. Le troisième axe concerne la santé du cerveau, avec un focus particulier sur la santé mentale.

C’est un champ dans lequel la France accuse encore un retard important. Quand on échange avec les chercheurs, beaucoup disent que la structuration de la recherche en santé mentale reste en décalage par rapport à d’autres domaines, comme l’oncologie. Pourtant, les besoins sont immenses. Les troubles dépressifs, bipolaires, schizophréniques ou d’autres pathologies psychiatriques concernent un nombre très important de personnes. Il y a là un enjeu scientifique, médical et social considérable.

 

  1. Le quatrième axe est défini autour de l’inflammation dans les maladies chroniques.

Aujourd’hui, les maladies chroniques représentent une part majeure du fardeau mondial de santé. Comprendre les mécanismes inflammatoires à l’œuvre dans des pathologies comme le diabète, les maladies cardiovasculaires ou d’autres affections de longue durée est fondamental pour mieux prévenir, mieux traiter et mieux accompagner.

Ces quatre priorités n’effacent pas nos financements généralistes. La FRM continue bien entendu de soutenir l’ensemble des grands champs de la recherche médicale, qu’il s’agisse du cancer, des maladies neurodégénératives ou d’autres pathologies. Mais ces axes donnent une orientation plus lisible à notre action et traduisent nos convictions sur les enjeux des années à venir.

 

Rendre la science accessible à la société

 

  • Il y a un autre aspect de votre travail qui mérite d’être mis en avant : l’information du public.

 

Vous avez raison, et c’est même constitutif de notre identité. Depuis l’origine, la fondation a deux missions : financer la recherche d’une part, et informer la société sur les avancées et les enjeux de la recherche médicale d’autre part. Cette dimension est statutaire. Elle ne vient pas en supplément, elle fait partie de notre raison d’être.

Cette mission d’information est devenue encore plus importante dans le contexte actuel. Les sujets de santé suscitent à juste titre beaucoup d’intérêt, mais aussi beaucoup de confusion. L’accès à l’information n’a jamais été aussi large, et pourtant la distinction entre information fiable, simplification abusive et désinformation devient plus difficile. La FRM a donc un rôle de médiation à jouer. Nous sommes à la jonction entre les chercheurs, qui produisent des connaissances complexes, et le grand public qui a besoin d’y accéder dans une forme compréhensible, rigoureuse et utile.

Depuis 2020, nous avons fortement développé ce travail de vulgarisation. Nous avons publié 25 bandes dessinées scientifiques, parce que nous avons voulu expérimenter des formats différents, plus accessibles, plus pédagogiques. Nous avons aussi repris plus d’un millier d’articles de recherche pour les rendre lisibles au plus grand nombre, sous forme de contenus éditoriaux, de témoignages ou de vidéos vulgarisés. C’est un travail patient, exigeant, mais essentiel.

 

  • Aujourd’hui, dans un univers saturé de rumeurs et de prises de parole approximatives, cette fonction devient presque une mission civique ?

 

Je le crois profondément. Et notre approche n’est pas de courir derrière chaque fake news pour la démentir une à une. Ce serait sans fin, et sans doute inefficace. Notre conviction, c’est qu’il faut d’abord augmenter la présence de la bonne information. Plus il y aura de contenus fiables, pédagogiques, accessibles, plus on renforcera les repères du public.

Nous travaillons d’ailleurs avec plusieurs experts sur ces enjeux, en lien avec les réflexions nationales en cours sur l’information en santé. L’objectif n’est pas de créer un dispositif de plus, mais de contribuer à un effort collectif, cohérent, avec d’autres acteurs légitimes. Sur ce sujet, il faut vraiment faire front commun.

 

Faire réseau entre chercheurs

 

  • Vous avez également évoqué la création d’une académie. De quoi s’agit-il exactement ?

 

L’idée de l’Académie de la FRM part d’un constat très simple : la valeur de notre soutien ne réside pas uniquement dans le financement accordé. Lorsque nous accompagnons un chercheur, nous voulons aussi lui offrir un cadre, un réseau, des occasions de rencontre et de progression.

La FRM finance chaque année plusieurs centaines de projets, partout en France, dans des disciplines très variées. Cela crée une diversité exceptionnelle. Nous faisons se côtoyer des chercheurs qui, autrement, ne se rencontreraient probablement jamais. Or c’est souvent de ces rencontres improbables que naissent les idées nouvelles, les collaborations originales, les projets transversaux.

L’académie a donc vocation à accueillir nos lauréats dans un parcours de trois ans. Pendant cette période, ils pourront participer à des événements, à des formations et à des temps d’échange autour de sujets très variés : la prise de parole dans les médias, les enjeux éthiques, la valorisation de la recherche, la conduite de projet, la collaboration interdisciplinaire. Nous voulons contribuer à professionnaliser, au sens large, le parcours des chercheurs, tout en favorisant l’émulation entre eux.

 

Les Fondations, un modèle philanthropique indispensable

 

  • La FRM finance aujourd’hui près de 60 millions d’euros par an, avec un objectif de 80 millions à l’horizon 2030. Sur quoi repose ce modèle ?

 

Nous avons la particularité d’être une fondation totalement indépendante, sans subvention publique. Nos ressources proviennent essentiellement de la générosité privée. Les deux tiers de nos moyens viennent des libéralités : legs, donations, assurances-vie. C’est un soutien extrêmement fort et même profondément émouvant parce qu’il traduit la confiance de personnes qui choisissent de transmettre une partie de leur patrimoine à la recherche médicale.

Nous croyons à la poursuite de cette dynamique, notamment en raison des évolutions démographiques des prochaines décennies. Mais nous voulons aussi élargir et rajeunir notre base de soutien. Les questions de santé concernent tout le monde, à tous les âges de la vie. Il est important de faire comprendre que soutenir la recherche ne doit pas être un réflexe tardif, c’est un engagement qui peut exister bien plus tôt. Les entreprises ont également un rôle important à jouer à nos côtés.

 

  • Et dans les laboratoires, quelle place occupent réellement ces financements privés et caritatifs ?

 

Une place absolument décisive. Quand nous interrogeons les laboratoires, ils nous disent que les financements caritatifs représentent souvent 15 à 20 % de leur budget de recherche ; c’est une moyenne car pour certains c’est plus de 50%. C’est énorme. Cela signifie que, sans cet apport, une part importante des projets ne pourrait pas se déployer dans les mêmes conditions, voire n’existerait pas.

Nous finançons des équipements, petits ou grands, des salaires de doctorants, d’ingénieurs de recherche, de biostatisticiens, mais aussi des dépenses de fonctionnement, de déplacement, de participation à des congrès. Autrement dit, nous permettons au projet de vivre concrètement. Et parfois, nous permettons même à une équipe de se constituer, lorsqu’un consortium se forme autour d’un appel que nous lançons.

C’est pour cela qu’il faut mieux faire reconnaître le rôle des fondations. Nous ne sommes pas une charge improductive, nous sommes un levier d’investissement au service de l’intérêt général. Les incitations fiscales au don ne sont pas un luxe. Elles permettent de mobiliser des ressources privées qui viennent renforcer, compléter, parfois déclencher des projets utiles à toute la société.

 

 

Propos recueillis par Francis Charhon 

 

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