Jeunes issus de quartiers prioritaires et écologie : la démonstration réussie de makesense avec « Transition Juste »
L’écologie ne serait pas un sujet pour les jeunes issus des milieux populaires ? C’est à cette idée reçue que makesense a choisi de répondre à travers une recherche-action menée sur le territoire francilien. Résultat : en deux ans, plus de 1 500 jeunes et près de 150 responsables associatifs ont été formés et accompagnés vers le passage à l’action. Soutenu par la Fondation des solidarités urbaines et la délégation Île-de-France de la Fondation Macif, le projet met en évidence la nécessité d’articuler transition écologique, justice sociale et insertion professionnelle pour un engagement durable.
Faire de l’écologie un sujet concret et légitime
Au départ, un constat simple. Les jeunes des quartiers populaires sont en première ligne face aux effets du changement climatique, mais rarement ciblés par les dispositifs d’engagement en la matière. Manque de cadres adaptés, sentiment d’illégitimité, contraintes sociales et financières : l’écologie leur semble hors de portée, alors même qu’elle fait partie de leurs préoccupations majeures*.
C’est pour dépasser ce paradoxe que makesense a mis en place « Transition Juste ». Ce programme de recherche-action vise à leur donner l’espace et les outils pour réinscrire l’écologie dans leur quotidien, que ce soit par des projets collectifs sur leurs territoires ou dans leur trajectoire professionnelle. Depuis mai 2023, l’association et ses bénévoles ont formé 1 566 jeunes, dont 75 % issus de QPV, ainsi que de 147 responsables associatifs qui les accompagnent au quotidien. Au total, la démarche a impliqué 53 associations partenaires dans 27 communes franciliennes.
Concrètement, le programme s’articule autour de deux ateliers de trois heures.
Le premier atelier invite les jeunes à comprendre les risques climatiques dans leur environnement, à s’exprimer, à déconstruire les clichés et les représentations, puis à passer à l’action. Marathons commerçants pour réduire les déchets, micros-trottoirs, explorations de quartier, actions de sensibilisation à la biodiversité… Le passage à l’acte en petits groupes est au cœur du dispositif.
« C’est un levier beaucoup plus puissant que la théorie. En expérimentant, les jeunes réalisent que c’est possible. Cela démonte beaucoup de croyances. Ils voient qu’il suffit de se lancer et en retirent beaucoup de confiance », explique Irène Colonna d’Istria, directrice du programme “Transition Juste” chez makesense.
Le second atelier se concentre sur l’insertion professionnelle – sujet clé dans le parcours desjeunes, pour certains décrocheurs et pour d’autres en recherche d’une formation ou d’un emploi. Et pourquoi ne pas envisager un métier lié à la transition écologique ?
« Dans un contexte de société qui n’est pas facile pour la jeunesse, on veut contribuer à dégager les horizons, ouvrir des perspectives et les aider à croire en l’avenir », explique Irène Colonna d’Istria.
En miroir, makesense a également développé une formation de formateurs à destination des responsables associatifs, tiers de confiance incontournables et ancrés dans la vie quotidienne des jeunes.
Quel impact auprès des jeunes ?
Grâce à des entretiens et des observations effectués à des moments-clés du projet, makesense a mesuré ce que le programme a apporté aux jeunes qui ont suivi les ateliers. 89 % des participants disent mieux comprendre les risques écologiques liés à leur territoire. 87 % perçoivent davantage les liens entre enjeux sociaux et environnementaux. 75 % se sentent plus confiants dans leur capacité d’agir.
Le fondement de ces bons résultats : le choix fait par l’association de co-construire dès le départ le projet avec les jeunes, et de partir de leurs réalités.
« On a voulu créer un espace d’écoute qui ne soit pas descendant. On a veillé à créer un cadre bienveillant et collectif. Pour cela, on a mis les jeunes au centre. ».
Concrètement, les ateliers mobilisent des références qui appartiennent toutes à leur univers. L’association a formé ses animateurs-bénévoles de manière à installer un langage commun – l’objectif étant que les jeunes se sentent en confiance et expriment leur point de vue, leurs idées, leurs questionnements. In fine, les jeunes sont encouragés à passer à l’action, et même à poursuivre au-delà des ateliers, par exemple dans une association de quartier.
« Nous créons des dynamiques pour inciter à passer à l’étape suivante dans l’engagement. », précise Irène Colonna d’Istria.
Du côté de l’insertion, 90 % des jeunes déclarent avoir découvert de nouveaux métiers liés à l’écologie et 52 % envisagent un stage ou un emploi dans ce secteur. Car pour des jeunes en recherche d’emploi ou de formation, souvent en situation de précarité, parler climat sans l’ancrer dans un projet social n’a pas de sens. Et c’est précisément cette articulation entre justice sociale et transition écologique qui fait la force du programme « Transition Juste ».
Pour les associations, une montée en compétences progressive et une dynamique collective
Dès le départ, l’implication des professionnels de terrain s’impose, car ce sont eux les experts de la mobilisation des jeunes. 147 responsables associatifs ont ainsi été formés aux enjeux et aux méthodes au sein du « Club Transition Juste ». Des animateurs, des coordinateurs, des formateurs, des membres dirigeants, beaucoup de profils opérationnels qui tous sont confrontés au même manque d’outils.
« On a répondu à un manque de temps et de ressources pour investir le sujet, explique Irène Colonna d’Istria. Et aussi aux doutes qu’ils pouvaient avoir sur la motivation des jeunes sur l’écologie. Il y avait aussi un enjeu de légitimité pour eux à s’emparer du sujet auprès des jeunes. Les retours montrent que le projet a débloqué des dynamiques aujourd’hui. »
Là aussi, makesense a pris le temps de s’adapter et de leur proposer le format qui leur correspondrait le mieux. D’abord conçues sur une demi-journée, les sessions sont passées progressivement à une journée complète.
Aujourd’hui, 56 % des professionnels formés sont passés à l’action. Certains animent les ateliers en autonomie, ou avec l’appui de bénévoles de makesense, d’autres co-construisent des projets plus ambitieux ou adaptent les outils à leurs contextes. Autant d’indicateurs qui traduisent une vraie montée en compétences. Et ce de manière collective : 44 % des responsables formés participent à un espace d’échange et de mutualisation des pratiques proposé dans le cadre du « Club Transition Juste ».
Pour les accompagner dans leur démarche, plus de 18 outils pédagogiques, un catalogue d’actions et 36 fiches-métiers sont accessibles gratuitement sur demande.
Beaucoup d’associations ont également intégré le sujet dans le parcours qu’elles proposent aux jeunes, comme le constate Irène Colonna d’Istria :
« Cela a changé l’ambition dont se dotent les structures sur les questions de transition écologique. Il y a un avant/après pour la plupart des associations. »
Transition Juste ouvre la voie
Le projet a rencontré un écho au-delà de son périmètre initial. Tout d’abord, certaines associations se sont emparées du programme jusqu’à créer leur propre initiative d’envergure. C’est le cas notamment de Gett’Up, partenaire de « Transition Juste » depuis son lancement, qui porte aujourd’hui dans l’espace public un rapport complet intitulé « (In)Justice climatique ». Un autre partenaire du programme, Unis-Cité, a sollicité l’accompagnement de makesense pour former ses « 1 000 ambassadeurs du service civique écologique ».
Ensuite, dans la lignée des ateliers dédiés à l’orientation professionnelle, makesense a créé la plateforme « Greentaf », en collaboration avec plus de vingt associations engagées auprès des jeunes, dont les offres sont accessibles à tous niveaux de qualification. Ce nouveau support contient également des outils pratiques – vidéos, témoignages, guide des métiers – et des dispositifs d’accompagnement comme l’immersion ou le mentorat. « Greentaf », bien qu’encore en test, recense d’ores et déjà plus de 300 offres de formation et 3 000 offres d’emploi actives et accessibles pour les jeunes à tous niveaux de qualifications.
Enfin, « Transition Juste » continue à se déployer. D’une part, sur le territoire : après l’Île-de-France, des expérimentations sont engagées en Auvergne-Rhône-Alpes et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, et le déploiement s’accélère partout en France : fin 2025, plus de 6 000 jeunes et 500 responsables associatifs avaient ainsi pu bénéficier du programme ! D’autre part, auprès de nouveaux acteurs : des expérimentationsavec France Travail sont en cours pour intégrer le programme aux parcours de recherche d’emploi des jeunes.
Au-delà des indicateurs et des perspectives d’évolution et de développement, le premier enseignement à retenir de ce projet reste pour Irène Colonna d’Istria « que c’est possible de le faire, là où beaucoup doutaient au départ de la volonté d’engagement des jeunes pour l’écologie. Et c’est important de le faire, parce que nous devons protéger et préparer les jeunes face aux chocs à venir. »
Reste un nouveau défi à relever :
« Maintenant qu’on en a fait la démonstration, le monde associatif a besoin d’autres acteurs - publics, économiques - pour continuer la mobilisation. ». Et agir pour que l’écologie demeure une question où chacun, quel que soit son profil, puisse contribuer.
*Etude du GIEC parue le 20 mars 2023