Santé mentale des jeunes : quand la parole se libère grâce aux « ambassadeurs » en service civique
Alors qu'un quart des lycéens français a eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois, le programme « Ambassadeurs en santé mentale » envoie des jeunes en service civique à la rencontre d'autres jeunes pour libérer la parole sur ce sujet, dans une logique de « pair-à-pair ». L’initiative, portée par Unis-Cité et la Fondation ARHM, a essaimé sur 25 territoires depuis 2019.
« La santé mentale, ce n’est pas juste une absence de troubles psychiatriques », prévient Aude Caria, directrice de Psycom, organisme public chargé d’informer et sensibiliser sur ce sujet. Elle intervient dans une table ronde sur la santé mentale des jeunes, organisée à Paris à l’initiative de l’association Unis-Cité, le 1eravril 2026.
Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en effet, « la santé mentale correspond à un état de bien-être qui permet d’affronter le stress de la vie, de s’épanouir, d’apprendre, de travailler et de contribuer à la vie de la communauté. Elle fait partie intégrante du bien-être et constitue un droit humain fondamental. »
« Nous avons tous et toutes une santé mentale, comme nous avons une santé physique, elle évolue tout au long de la vie, et il nous faut en prendre soin, explique Aude Caria. Elle dépend de nos conditions de vie et de travail, des discriminations ou des violences auxquelles nous sommes exposés, notamment. Toute la société est donc concernée par cette question. »
Les jeunes particulièrement exposés au risque de mal-être
S’ils ne sont donc pas les seuls concernés, les adolescents et les jeunes, qui traversent une période de transformation profonde, sont particulièrement exposés au risque de mal-être. Selon les données de Santé publique France, environ un quart des collégiens et lycéens ont éprouvé un sentiment de solitude au cours des 12 derniers mois. 15 % présentent un risque important de dépression. Un quart des lycéens indique avoir eu une pensée suicidaire au cours des 12 derniers mois, et un sur dix dit avoir fait une tentative de suicide au cours de sa vie.
Face à ce constat, la Fondation ARHM (Action et recherche handicap et santé mentale) et Unis-Cité ont créé en 2019 un programme intitulé « Ambassadeurs en santé mentale ». Par ce programme, des jeunes en service civique vont à la rencontre d’autres jeunes pour échanger avec eux sur la santé mentale, dans les établissements scolaires, les centres sociaux, les missions locales, les foyers de jeunes travailleurs, etc.
Initié en Rhône-Alpes, « le programme existe désormais sur 25 territoires », se félicite Maria Dragon, directrice communication et ressources de la Fondation ARHM. Avant d’intervenir, les jeunes volontaires reçoivent une formation solide sur les sujets de santé mentale, notamment la formation Premiers secours en santé mentale, mais aussi un accompagnement spécifique de Psycom.
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Des profils variés d’ambassadeurs en santé mentale
« Ce qui est formidable, avec le service civique, c’est que les jeunes vivent cette expérience en équipe et dans la diversité », note Nathalie Hanet, directrice générale d’Unis-Cité. Les profils des jeunes « ambassadeurs » sont en effet variés. Ainsi, Eva, 19 ans, a eu son bac en 2025. « J’ai commencé des études de communication, mais ça ne m’a pas plu et j’avais envie de m’engager pour une cause avant de reprendre des études de droit l’année prochaine », raconte-t-elle. Elle est orientée vers le programme Ambassadeurs par l’Espace santé jeunesse de Courbevoie (Hauts-de-Seine), où elle réside. Depuis, elle s’épanouit dans cette mission, qui lui permet de dialoguer avec des jeunes qu’elle « n’aurait jamais eu l’occasion de rencontrer sinon ».
Marius, lui, a 23 ans. Après le bac, il passe un an en Pass (parcours d’accès spécifique santé), pour préparer le concours de médecine. « Une année éprouvante et exigeante », qui l’amène à remettre en question ses choix, et à se réorienter vers la fac de psychologie. « J’ai eu ma licence 3, mais pour le master 1, je n’ai pas eu le cursus que je souhaitais, alors j’ai pris un an de pause et j’ai découvert le programme Ambassadeurs, qui m’a immédiatement happé », se souvient-il.
Une logique de pair-à-pair
« Nous intervenons de plusieurs manières, via des ateliers de présentation ou via des stands dans les universités, par exemple, qui nous permettent d’interpeller les étudiants », explique Eva. Les ambassadeurs s’appuient en particulier sur des jeux interactifs, comme des quizz, qui permettent d’engager le dialogue facilement.
Eva comme Marius se réjouissent de la « libération de la parole » que permet le programme. « Lorsque des jeunes parlent à des jeunes, dans une logique de pair-à-pair, ils osent plus dire les choses, et c’est plus impactant. Cela permet aussi de déstigmatiser », souligne Thibaut de Saint-Pol, délégué interministériel à la jeunesse, qui soutient le programme.
« Attention cependant à ne pas généraliser, alerte Aude Caria. Il est faux de dire que tous les jeunes vont mal. Ceux qui vont mal, ce sont ceux qui sont en situation de précarité, qui sont victimes de discriminations, de racisme, de violences sexistes et sexuelles, notamment. Pour qu’ils aillent mieux, il faut aussi développer des programmes d’accès au logement ou aux soins, de lutte contre la précarité ou les discriminations, etc. »
Des outils pédagogiques variés
Psycom a également développé toute une série d’outils pédagogiques sur la santé mentale. Ainsi, le dispositif Le Jardin du dedans permet de sensibiliser les enfants de 8 à 11 ans à ce sujet, grâce à un kit pédagogique, un clip vidéo et un podcast constitué de dix épisodes. L’organisme a également développé une « Fresque de la santé mentale », en partenariat avec l’association Nightline, ainsi que des « fiches repères » sur la santé mentale et la psychiatrie.
Enfin, Psycom travaille sur un projet de serious game numérique sur l’empathie, « qui est au cœur des compétences psychosociales et constitue un levier important de bien-être », explique Aude Caria. La première version de cet outil ciblera les jeunes adultes, de 18 à 30 ans.
Camille Dorival 