Malgré leurs promesses, 73 % des supermarchés vendent encore des œufs de poules en cage
Plusieurs entreprises de la grande distribution s’étaient engagées à ne plus commercialiser d’œufs issus de poules en cage à compter du 1er janvier 2026. Or selon une enquête des associations Anima et Data for good plusieurs enseignes concernées n’ont pas tenu leurs promesses.
Plus de 7 supermarchés sur 10 vendent encore des œufs de poules en cage (identifiés par le code 3), parmi ceux qui avaient promis de ne plus en distribuer. Ces poules sont enfermées dans une cage de manière permanente, dans un espace équivalent à une feuille A4, soit 13 poules par mètre carré.
C’est ce que révèle Anima, une association qui lutte contre la souffrance des animaux, dans une enquête réalisée avec Data for good, spécialisée dans l’analyse de données pour la justice sociale. Il y a dix ans, les enseignes Leclerc, Carrefour, Intermarché, U, Auchan, Lidl, Monoprix et Aldi s’étaient pourtant engagées volontairement à ne plus en commercialiser à partir du 1er janvier 2026.
« Certaines enseignes ont davantage travaillé en amont de l’échéance fixée pour sécuriser les approvisionnements en œufs de poules élevées hors cage », rapporte Keyvan Mostafavi, président d’Anima. « Afin de concrétiser ce changement, il faut que leurs fournisseurs soient mis au courant de l’évolution souhaitée. Ensuite, les producteurs prennent en moyenne entre un an et demi et deux ans pour passer d’un élevage cage à hors-cage », précise-t-il.
Un trio « gagnant » se distingue parmi les 386 grandes surfaces visitées. La première position revient à Monoprix (œufs cage trouvés dans un seul magasin), la seconde à Aldi (trouvés dans un quart des enseignes) et la troisième à Intermarché (trouvés dans moins de la moitié des magasins). Le constat est en revanche moins reluisant pour Carrefour et Leclerc, dont plus de 80 % des locaux vendent les produits visés. Plus de 95 % des Super U, Auchan et Lidl visités sont également concernés.
Certaines boîtes d’œufs vendues sans mention du mode d’élevage
Autres enseignements : Auchan est la marque qui vend en moyenne le plus de références d’œufs cage (2,5 références en moyenne par magasin). 95 % de ces œufs sont d’origine française. L’étude indique que Lidl est la seule enseigne à vendre « fréquemment » des œufs cage étrangers. Par exemple, des lots polonais ont été identifiés dans l’un des magasins de cette enseigne.
« Chez les trois leaders Monoprix, Aldi et Intermarché, on voit que les œufs de poule en cage encore présents sont là pour “dépanner”. Ces enseignes nous ont expliqué qu’elles pourront s’en passer quand il y aura moins de tensions sur le marché de l’œuf », souligne Keyvan Mostafavi. En effet, le secteur fait actuellement face à une pénurie.
Anima et Data for good expliquent également que plusieurs dizaines de supermarchés vendent des boîtes « en infraction avec la réglementation européenne, car sans indication du mode d’élevage ». Cela signifie que ce dernier n’est pas mentionné sur l’emballage, mais à l’intérieur avec l’inscription « code 3 » sur les coquilles.
Chez les trois leaders Monoprix, Aldi et Intermarché, on voit que les œufs de poule en cage encore présents sont là pour “dépanner”. Ces enseignes nous ont expliqué qu’elles pourront s’en passer quand il y aura moins de tensions sur le marché de l’œuf. »
Keyvan Mostafavi, président de l'association Anima.
« Les œufs ingrédients sont cruciaux pour la transition hors cage des élevages de poules »
Se passer d’œufs cage dits « ingrédients » (présents dans les brioches, les pâtes fraîches ou aux œufs) fait aussi partie de l’engagement formulé par les grandes surfaces concernant leurs marques distributeurs. Les auteurs de l’étude ont passé à la loupe 25 produits de ces marques afin de « déterminer si les œufs dans ces produits sont hors cage (issus d’élevage sol ou plein), à partir de l’emballage et des données directement transmises par les enseignes. »
En la matière, Lidl, Leclerc, Monoprix et Aldi se distinguent, avec respectivement 100 %, 96 %, 90,9 % et 89,5 % de leurs œufs provenant uniquement de poules élevées hors cage. « Les œufs ingrédients sont cruciaux pour la transition hors cage des élevages de poules : 35 % des œufs consommés en France le sont sous forme d’œufs liquides ou en poudre pour l’industrie et la restauration hors domicile », peut-on lire.
« Autre fait important à souligner : quand Auchan s’engageait à ne plus commercialiser les œufs cage, cela concernait sa marque propre mais aussi les marques de producteurs nationaux telle que Matines. Nous devons rester vigilants car ces derniers temps, la grande surface réitérait son engagement en évoquant uniquement sa marque propre », note le président d’Anima.
Le poids de l’union européenne
En revanche, l’étude souligne une baisse conséquente de la part de poules élevées en cage en France depuis l’engagement des entreprises. Elles sont passées de 67 % en 2016 à 25 % en 2024. Mais « la transition vers des élevages hors cage (bio, plein air, sol) stagne depuis 2022. »
Les associations notent que la part d’œufs cage parmi les œufs vendus en grande surface est « historiquement basse ». Elle s’élevait à 51 % en 2016 et a atteint 14 % en 2025. Ce changement s’est fait au profit « des œufs de poules élevées au sol (de 2 % des ventes en 2016 à 23 % en 2025) et des œufs de poules en plein air (de 28 % des ventes en 2016 à 46 % en 2025). »
Pour nous la priorité est que l’Union européenne interdise l’élevage en cage des poules pondeuses. Cela libérerait les centaines de millions de poules enfermées. La Commission européenne s’était engagée à proposer l'interdiction mais elle ne l'a pas encore fait. »
Keyvan Mostafavi, président de l'association Anima.
« Pour nous la priorité est que l’Union européenne interdise l’élevage en cage des poules pondeuses. Cela libérerait les centaines de millions de poules enfermées. La Commission européenne s’était engagée à proposer l'interdiction mais elle ne l'a pas encore fait », fait valoir Keyvan Mostafavi. Cette promesse avait fait suite à une initiative citoyenne de 2018 intitulée End the cage age (Pour une nouvelle ère sans cage), soutenu par plus d’un million de citoyens européens. Pourtant, aucune proposition législative n’apparaît pour le moment dans le programme de la Commission.
« Si l’UE se saisissait de la problématique, la question de la concurrence déloyale ne se poserait plus. Par exemple, on ne s’inquiéterait pas que la France importe des œufs cage polonais car la Pologne aurait aussi interdit ce type d'élevages », ajoute le président d’Anima.
Léanna Voegeli 