« La RSE doit être pragmatique et enracinée, pas idéologique » (Hélène Valade, présidente de l’Orse)
Dans un entretien à Carenews, la présidente de l’Observatoire de la responsabilité sociétale de l’entreprise (Orse) revient sur sa vision de la RSE et les difficultés auxquelles celle-ci doit faire face dans un contexte de backlash écologique. Elle détaille également les thèmes de travail de l’Orse visant à inventer une « nouvelle RSE ».
Hélène Valade est la directrice Environnement développement du groupe LVMH et la présidente de l’Observatoire de la RSE (Orse). Elle explique à Carenews le rôle de ce réseau qui rassemble des directions RSE mais aussi d’autres fonctions de l’entreprise. Face au backlash écologique, elle plaide également pour développer une « nouvelle RSE », plus pragmatique et plus en lien avec le modèle économique et la stratégie de l’entreprise.
- Carenews : Quels sont le rôle et les missions de l’Orse ?
Hélène Valade : L’Observatoire de la RSE a été créé en 2000 à l’initiative des partenaires sociaux, qui voyaient monter le sujet des « Nouvelles régulations économiques » (NRE) et voulaient s’assurer que les entreprises s’en saisiraient. Ces partenaires sociaux sont d’ailleurs toujours présents dans la gouvernance de l’Orse.
Notre vocation est d’accompagner les organisations vers des pratiques RSE innovantes, et de simplifier la vie des directions RSE, en leur faisant gagner du temps et de l’efficacité. Nous nous appuyons sur un réseau d’experts et publions régulièrement des études et des guides, par exemple récemment un guide sur les nouvelles pratiques de télétravail, un autre sur l’intégration des critères RSE dans les rémunérations ou le baromètre des achats responsables.
Nous comptons aujourd’hui 122 entreprises et organisations membres, et 1 600 personnes issues de ces structures qui sont impliquées dans nos groupes de travail. L’Orse peut également s’appuyer sur une déléguée générale, Géraldine Fort, et quatre chargés de mission.
2025 a été très difficile pour la RSE, aussi bien en France qu’ailleurs dans le monde, en raison du backlash observé au niveau mondial sur les sujets environnementaux. (...) Il nous faut arriver à dépasser ce backlash pour aller de l’avant. »
- Comment voyez-vous le paysage de la RSE actuellement ?
2025 a été très difficile pour la RSE, aussi bien en France qu’ailleurs dans le monde, en raison du backlash observé au niveau mondial sur les sujets environnementaux. Les politiques reculent, mais le réchauffement climatique, lui, avec toutes les conséquences qu’il a, n’est pas sur pause. Il nous faut donc arriver à dépasser ce backlash pour aller de l’avant. De fait, l’Orse réunit des entreprises qui ont décidé de maintenir le cap sur ces sujets.
Cela implique de donner des inflexions à la RSE telle qu’on la concevait jusque-là. Il faut que la RSE se « désidéologise », qu’elle soit davantage ancrée dans le business, cohérente avec le modèle économique et l’objet social de l’entreprise. Il faut aussi une RSE qui ne soit pas cantonnée à la direction RSE, mais qui infuse toutes les directions de l’entreprise et qui devienne un réflexe pour tous.
- Êtes-vous malgré tout confiante sur l’avenir de la RSE ?
Je le suis tout-à-fait, à condition que nous arrêtions le « y a qu’à, faut qu’on ». La RSE doit être pragmatique et enracinée, pas idéologique. Elle doit contribuer à la gestion des risques et à la création de valeur de l’entreprise ; et doit s’appuyer sur un corpus de valeurs humanistes : la coopération, la responsabilité, le courage et la transparence.
Nous allons notamment accompagner un certain nombre de petites et moyennes entreprises qui souhaitent s’inscrire dans un reporting CSRD volontaire. »
- Dans cette perspective, quels seront vos thèmes de travail pour 2026 ?
Nous en avons quatre. D’abord, l’enjeu est de faire passer la RSE de la simple compliance à un rôle de pilotage stratégique. Pour cela, nous travaillons notamment sur la mise en œuvre de la directive sur les rapports de durabilité, la directive CSRD. En 2025, nous avions analysé le reporting de 54 entreprises de la « vague 1 » de la CSRD, qui devaient donc l’appliquer dès cette année. En 2026, nous continuerons à travailler sur ce sujet. Nous allons notamment accompagner un certain nombre de petites et moyennes entreprises qui souhaitent s’inscrire dans un reporting CSRD volontaire. Nous allons également nous intéresser à la question des droits humains et du devoir de vigilance, qui est un sujet capital, en nous demandant comment ce sujet peut être davantage intégré dans la stratégie des entreprises.
Deuxièmement, nous allons travailler sur les « grands défis » à venir pour les entreprises, qu’il s’agisse du vieillissement démographique ou des conséquences de l’intelligence artificielle.
Troisièmement, nous souhaitons favoriser le dialogue et les synergies entre les directions RSE et les autres directions des entreprises. Nous avions déjà créé un club finances et un club ressources humaines (RH) au sein de l’Orse. En 2026, nous voulons cette fois créer des liens avec les équipes juridiques, pour faire avancer certaines questions, par exemple sur l’économie circulaire. Ces échanges et synergies permettent de démultiplier l’effet de la RSE.
Enfin, nous souhaitons que les fonctions RSE permettent à l’entreprise d’avoir un temps d’avance. Pour cela, nous organisons des rencontres avec des personnalités et des chercheurs qui permettent d’éclairer le futur. Nous allons également faire évoluer notre gouvernance, pour créer un conseil d’administration « miroir » composé de jeunes salariés des organisations membres de l’Orse, qui permettront de donner le point de vue de la jeune génération sur les sujets dont nous débattons.
Propos recueillis par Camille Dorival 