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Par Carenews INFO - Publié le 3 mars 2026 - 15:53 - Mise à jour le 3 mars 2026 - 16:12 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Un « sentiment de menace sur les droits », alerte la Fondation des femmes

La fondation fait état de préoccupations sur les droits des femmes, exprimées par les répondants à un baromètre publié le 3 mars. Elle constate également leur faible confiance envers les acteurs publics pour améliorer la situation, tout en déplorant un manque de mobilisation du gouvernement. Une campagne de communication est lancée pour mobiliser sur le sujet.

Lise Gallard et Anne-Cécile Mailfert présentent les résultats du baromètre sur la perception de la lutte contre les violences faites aux femmes en France. Crédit : Carenews.
Lise Gallard et Anne-Cécile Mailfert présentent les résultats du baromètre sur la perception de la lutte contre les violences faites aux femmes en France. Crédit : Carenews.

 

Une personne sur trois (32 %) pense que la situation des femmes s’est dégradée en France au cours des cinq dernières années, selon les résultats d’un baromètre réalisé par Omnicom media France pour la Fondation des femmes. D’après ce sondage réalisé auprès de 1 000 individus majeurs en février, cela représente une augmentation de 6 points en un an. « Il y a une menace très forte qui plane sur nous », confirme Anne-Cécile Mailfert, la présidente de la Fondation des femmes, lors d’un point presse organisé le 3 mars.  

38 % des répondants voient la montée des discours masculiniste comme une évolution préoccupante (à hauteur de 9 ou 10 sur une échelle de 1 à 10). En effet, fin janvier, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes alertait sur la propagation « de manière exponentielle, notamment via les réseaux sociaux, dans l’ensemble de la société » des messages des réseaux masculinistes, qui se caractérisent par « un dénominateur commun : la haine et la violence envers les femmes ».  

Par ailleurs, 44 % des répondants au baromètre réalisé pour la Fondation des femmes pensent que les mouvements conservateurs et d’extrême droite sont « incompatibles » avec les droits des femmes. « Nous faisons face à des idées qui se répandent, sur les réseaux sociaux entre autres, mais aussi dans beaucoup de médias, qui sont extrêmement préjudiciables », déplore Anne-Cécile Mailfert.  

Nous sommes vraiment sorties de l’agenda »

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes

 

Un sujet exclu de l’agenda gouvernemental ? 

 

Comment agir pour répondre au « vrai sentiment de menace sur les droits des femmes » relevé par la présidente de la fondation ? 86 % des répondants déclarent faire « plutôt » ou « tout à fait » confiance aux associations d’aide aux victimes pour « bien prendre en compte les victimes ou agir justement ».  

En revanche, ce n’est le cas que de 52 % des répondants en ce qui concerne la police, 44 % pour la justice et 29 % pour le gouvernement, trois chiffres en baisse (respectivement de 8, 2 et 5 points) par rapport à l’année précédente. 36 %, 44 % et 54 % des répondants jugent que ces mêmes institutions ne font peu ou pas d’effort en ce sens.  

À propos de la police et de la justice, Anne-Cécile Mailfert se fait le relais d’un « sentiment d’impunité » face aux classements sans suite « massifs » des plaintes pour viol et au manque de condamnations.  

En ce qui concerne le gouvernement, « en tant qu’actrices du terrain, nous avons l’impression que, depuis plus d’un an, quasiment plus rien ne se passe sur le sujet de la lutte contre les violences faites aux femmes », poursuit-elle.  Alors que la Fondation des femmes était reçue depuis plusieurs années par le Premier ministre à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, ce n’est plus le cas. « Nous sommes vraiment sorties de l’agenda », résume la présidente de l’organisation.  

 Beaucoup plus de femmes demandent de l’aide, les centres d’hébergement sont saturés. Le secteur est vraiment sursollicité »

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes

 

un budget 2026 en baisse pour les droits des femmes

 

Fin octobre, plus de 110 députés ont co-signé une proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexuelles, à partir des recommandations de la « coalition féministe » composée d’associations et de syndicats. Mais « le gouvernement ne l’a pas reprise, ne l’a pas inscrite à l’agenda, ne s’en sert pas », fustige encore Anne-Cécile Mailfert. 81 % des répondants au baromètre se déclarent pourtant favorables à l’adoption d’une loi « qui prenne en compte les manquements en matière de prévention, de justice, et d’accompagnement des victimes ». 

Une des demandes majeures de la coalition est d’augmenter le budget de l’État dédié aux droits des femmes. Pour 2026, celui-ci stagne ou « baisse à certains endroits », comme la communication ou le financement des lieux d’écoute, d’accueil et d’accompagnement, alors que les besoins croissent, déplore Anne-Cécile Mailfert. « Beaucoup plus de femmes demandent de l’aide, les centres d’hébergement sont saturés. Le secteur est vraiment sursollicité », pointe-t-elle. La fondation a déjà alerté à la rentrée 2025 sur la situation financière des associations féministes et apportant de l’aide aux victimes de violences, les contraignant à restreindre leur activité. 

À la suite de l’adoption de ce budget, « les collectivités locales vont encore voir leurs ressources se réduire », ajoute Laura Slimani, directrice du pôle projet de la fondation. « Nous pouvons être certaines que cela va ruisseler négativement » sur les ressources des associations, prévient-elle, alors que les financements accordés par les collectivités aux associations ont déjà diminué l’année dernière. 

 


Lire également : Financement des associations : « on risque de se retrouver avec des féminicides à la hausse » 


 

la fondation des femmes poursuit sa mobilisation

 

Pour mobiliser sur le sujet, la fondation lance une campagne de communication intitulée « Nous sommes inarrêtables ». « Peu importe les vents contraires, peu importe la montée des idées masculinistes et la percée des idées réactionnaires et conservatrices, nous n’arrêterons pas », insiste Lise Gallard, directrice de la communication et de la collecte de la fondation.   

« Il y a encore énormément de choses à gagner. Nous nous sommes toujours battues, nous allons continuer à nous battre », complète Anne-Cécile Mailfert.  

 

Des « batailles culturelles » remportées ?

66 % des répondants et répondantes du baromètre pensent que le féminisme est « nécessaire » (29 %), « vital » (21 %) ou « essentiel » (17 %), tandis que 28 % jugent qu’il est « contre-productif » (12 %), « excessif » (10 %), « intolérant » (4 %), ou « inutile » (1 %) La part de personnes ayant une image positive du féminisme est stable sur un an.

« Nous avons gagné des batailles culturelles », commente Anne-Cécile Mailfert. En comparant la situation actuelle à celle d’il y a « quinze à vingt ans », elle note une progression. « J’ai l’impression que beaucoup de personnes aujourd’hui se déclarent féministes, assument d’être féministes. Le mot est beaucoup moins renvoyé à quelque chose de négatif ».

 

Célia Szymczak 

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