Municipales 2026 : « Faire le pari de l’ESS, c’est préparer l’avenir face aux transitions incontournables » (Mahel Coppey, RTES)
Mahel Coppey, la présidente du Réseau des collectivités territoriales pour une économie sociale et solidaire (RTES), répond aux questions de Carenews sur l’intérêt pour les communes de soutenir l’ESS et sur l’apport de celle-ci sur les territoires.
Transition écologique, lutte contre les inégalités, emploi... que peut apporter l’économie sociale et solidaire (ESS) localement, aux habitants des communes ? Pourquoi les élus devraient-ils la promouvoir ? Le Réseau des collectivités territoriales pour une économie sociale et solidaire (RTES) a publié fin janvier un « kit MunicipalESS », pour « outiller les équipes municipales et intercommunales dans leur politique de soutien à l'ESS », ces organisations qui se caractérisent par une prise de décision plus démocratique et une lucrativité encadrée. Les fiches publiées par le RTES illustrent « la façon dont les différentes politiques publiques thématiques peuvent intégrer l’ESS ».
La présidente du réseau, Mahel Coppey, également conseillère municipale de la ville de Nantes et vice-présidente de Nantes métropole, répond aux questions de la rédaction sur l’intérêt pour les communes de soutenir les associations, les coopératives ou les autres types d’entreprises de l’ESS.
- Qu’apporte l’ESS aux communes ? Quel est intérêt pour les maires de promouvoir ces modèles économiques, même s’ils appartiennent au secteur privé ?
L’ESS replace le territoire et les habitants au centre des priorités de l’activité économique, pour répondre à leurs besoins concrets. Ces activités renforcent notre résilience face aux défis économiques, sociaux et écologiques. Faire le pari de l’ESS, c’est donc préparer l’avenir face aux transitions incontournables.
La démocratie est au cœur des modèles économiques de l’ESS, sans spéculation et sans compétition. Ils redonnent du pouvoir aux salariés, aux habitants et de la vitalité au territoire. C’est le rôle des élus de soutenir ces dynamiques.
- L’ESS regroupe des activités très variées. Avez-vous des exemples d’initiatives que vous estimez vertueuses ?
Sur la transition écologique, par exemple, je pourrais citer les épiceries solidaires de quartier. Elles répondent à la fois à des questions de santé, d’accessibilité de l’alimentation à toutes et tous, d’un prix juste pour les travailleurs et travailleuses qui font les produits. Elles contribuent ainsi à un modèle agricole vertueux pour l’environnement. C’est ça l’ESS : on fait le lien entre le sujet social, le sujet économique et le sujet écologique. Les ressourceries de quartier le montrent aussi. Elles font du lien, là encore, entre des enjeux de fin de mois difficiles et d’économie de ressources.
L’ESS crée aussi des emplois locaux et non délocalisables, souvent pour des publics qui sont les plus éloignés de l’emploi. C’est une économie de femmes, en majorité, donc un puissant levier dans la lutte pour l’égalité.
- Cette économie est-elle plutôt de droite ou de gauche ?
Je serai bien incapable de définir la couleur politique du RTES. Dans le réseau, toutes les familles politiques sont présentes, sauf le Rassemblement national. Il y a aussi beaucoup de listes citoyennes, notamment dans les plus petites communes.
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- Comment les élus peuvent-ils soutenir les associations, qui font régulièrement part de leurs difficultés économiques, et l’ESS en général ?
D'abord par des subventions directes. Les associations en ont besoin pour leur fonctionnement quotidien et les services qu’elles déploient auprès des habitantes et habitants.
Il faut aussi intégrer l’ESS dans d’autres leviers de politiques publiques locales. La commande publique en est un : on peut réserver une part des marchés publics aux acteurs de l’ESS. Les élus peuvent aussi aider à l’accès au foncier. Tout cela est explicité dans notre kit MunicipalESS.
C’est aussi une question de posture de la collectivité. Au RTES, nous défendons le fait que plus elle coopère avec les acteurs de l’ESS, plus elle co-construit les politiques publiques, dans le temps long, plus il y a d’impact.
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- L’ESS peut-elle changer la façon de faire de la politique ?
Nous constatons au RTES qu’à partir du moment où un ou une élue est désigné sur l’ESS, cela change la manière de travailler avec les collègues, entre les services, mais aussi avec les acteurs du territoire, en coopérant davantage. La collectivité va impulser et accompagner les dynamiques locales d’acteurs, à partir d’un diagnostic partagé. C’est une autre manière de diriger la ville.
- L’ESS intervient dans de nombreux domaines : sport, culture, petite enfance, politique de la ville, mobilité, transition écologique... Est-il nécessaire de l’identifier comme un ensemble avec, par exemple, une feuille de route pour l’ESS ou un élu en charge de l’ESS ?
Elle nécessite, comme toutes les politiques transversales, une volonté forte et un pilotage politique fort. La première chose à faire, c’est d’avoir une délégation à l’ESS. Cela permet ensuite d’adopter une posture de co-construction pour mettre en place cette politique et garantir l’intégration de l’ESS dans le projet municipal. Avec l’ambition de répondre aux besoins des habitants et des entreprises, un élu local à l’ESS pourra aller voir les autres élus, à la culture, au sport, en charge du soutien à la petite enfance ou aux personnes âgées, du soutien au développement économique local, etc.
- L’ESS est-elle bien connue des élus locaux ?
L’idée du kit MunicipalESS est née au congrès de l’Association des maires de France (AMF). Il y a une dynamique relativement nouvelle de maires qui sont aussi des ambassadeurs de l’ESS.
Mais il faut être humble. Malgré une progression importante, la connaissance des sujets est assez variable et parcellaire. Elle dépend beaucoup des parcours des élus, qui sont nombreux à avoir eu des engagements associatifs, dans des coopératives ou dans l’insertion par l’activité économique. Mais beaucoup - je pense notamment à ceux en charge du sport et de la culture, en contact direct avec le mouvement associatif – font de l’ESS sans le savoir. Avec ce kit, l’idée est aussi de vulgariser les sujets pour que chacun puisse se les approprier.
- Les habitants, de leur côté, connaissent-ils suffisamment l’ESS ?
Je n’en suis pas certaine. Il faut qu’on donne de la visibilité aux acteurs de l’ESS et à leur capacité à répondre à des besoins concrets au quotidien, y compris de façon innovante. Nous le portons au niveau national.
Plus la connaissance de l’utilité, de l’impact et de l’histoire de l’ESS progressera, plus elle prendra de la place dans le paysage communal et politique au niveau national. Peut-être qu’on s’épargnera, à l’avenir, des débats budgétaires tels qu’on les a vécus ces dernières années. Mieux définir et mieux comprendre, ça veut dire mieux asseoir l’ESS demain : c’est la crèche de mon quartier, c’est le service à domicile de ma grand-mère ou le service d’obsèques.
Il y a des sujets où l'ESS est devenue incontournable pour prendre soin de notre société. Je pense par exemple aux gros scandales qui ont eu lieu sur les crèches privées et les Ehpad privés. Ils montrent que des secteurs entiers devraient être démarchandisés et réorientés vers l'ESS.
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Propos recueillis par Célia Szymczak