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Par Carenews INFO - Publié le 13 mars 2026 - 14:35 - Mise à jour le 13 mars 2026 - 16:22 - Ecrit par : Léanna Voegeli
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« La période aurait été beaucoup plus difficile sans ces mesures de soutien » : quand les employeurs agissent pour leurs salariés aidants

Accompagner un proche malade tout en occupant un emploi concerne plusieurs millions de personnes en France. Pour améliorer le quotidien des collaborateurs aidants, certaines entreprises proposent des dispositifs spécifiques. Carenews a interrogé les principaux intéressés ainsi que les responsables de ces politiques de ressources humaines.

58 % qui exercent une activité professionnelle en parallèle, selon la Fondation Notre Dame
58 % qui exercent une activité professionnelle en parallèle, selon la Fondation Notre Dame

 

 

« En décembre 2023, mon mari a été diagnostiqué d’un cancer de la langue. Ce grand choc s’est accompagné de nombreux rendez-vous médicaux. Dans ce genre de situation, la vie se trouve bouleversée du jour au lendemain », confie Violette* chargée de communication chez un assureur (les identités suivies d’un astérisque sont anonymisées). Elle fait partie des 8 à 11 millions d’aidants qui assistent un proche en situation de dépendance en France. La communicante appartient également aux 58 % qui exercent une activité professionnelle en parallèle. Comme Violette, ils doivent concilier emploi et rôle d’aidant. 

Comment conjuguer vie active et vie personnelle quand cette dernière est chamboulée par la maladie d’un proche ? Certains employeurs ont décidé de répondre à ces situations en instaurant des dispositifs de soutien. 

« Après le diagnostic, mon mari a été hospitalisé pour des interventions de courte durée. Alors je quittais le travail à 16h pour le voir chaque jour   sans avoir à poser des congés. Je me reconnectais le soir pour finir mes tâches et il m’arrivait de terminer la journée à minuit et demi », se remémore la chargée de communication. « Quand ma responsable que j’avais avertie de la situation s’est aperçue que je travaillais jusqu’à pas d’heure, elle m’a parlé du “pot commun” mis en place par mon entreprise », précise-t-elle.  

Violette a ainsi pu disposer de jours supplémentaires, hors congés payés grâce à des jours non utilisés et offerts par d’autres salariés« J’ai aussi pu bénéficier de davantage de télétravail. La période aurait été beaucoup plus difficile sans ces mesures de soutien. » 

Quand ma responsable que j’avais avertie de la situation s’est aperçue que je travaillais jusqu’à pas d’heure, elle m’a parlé du “pot commun” mis en place par mon entreprise.»

Violette, salariée aidante.

 

La possibilité d’une aide financière 

 

Améliorer le quotidien des salariés aidants est aussi l’objectif visé par la Macif depuis 2024. « Nous souhaitons faciliter l'organisation de ces salariés. Cela peut passer par du télétravail supplémentaire et la possibilité de travailler sur un autre site si l’organisation de l’établissement le permet », explique Leïla Mamet, directrice des ressources humaines adjointe de la Macif. 

« Nous proposons également un “compteur jour aidant” activable par nos référents aidants (pour se rendre à des rendez-vous médicaux par exemple) qui permet de profiter de 10 jours d’absence par an. Les dons de jour peuvent compléter ce dispositif si besoin », détaille-t-elle. 

De plus, la mutuelle d’assurance propose une aide financière qui peut atteindre 1200 euros. La somme vise à financer des frais de déplacement, un bilan de santé ou encore des séjours de répit. L'activation de ces mesures est suivie par un référent RH dédié et spécialisé sur les questions de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT). « Quatre référents sont identifiés au niveau la Macif et les salariés dans cette situation savent qui contacter. » En 2025, la Macif a ainsi accompagné plus de 800 situations d'aidance. 

 

« Que faire pour me préserver et ne pas foncer droit dans le mur ? » 

 

Une autre aidante, Anna *, cadre dans une entreprise, a eu recours à ce type de procédures. Elle accompagne son mari qui souffre d’une maladie chronique évolutive depuis cinq ans : « Quand il a des crises, les jours et les nuits sont très compliqués et lorsqu’elles surviennent, je dois l’aider à gérer tous les gestes quotidiens dont l’habillement. »  

Au cours de l’année 2025, Anna occupe un nouveau poste qui chamboule son équilibre entre vie privée et professionnelle« Le mois d’août a été une période de réflexion où je me demandais : “que faire pour me préserver et ne pas foncer droit dans le mur ?”. Je ressentais une immense fatigue physique et une charge mentale très élevée », commente l’aidante. 

Elle se confie alors au DRH, qui lui permet d’aménager son temps de travail en passant à 80 %, ce qui libère ses vendredis. « Avant que l'aménagement horaire se concrétise, le simple fait d’avoir envisagé cette possibilité m’avait déjà enlevé un grand poids psychologique. Notamment grâce à l’écoute de mon manager et du service RH », souligne-t-elle. 

Le mois d’août a été une période de réflexion où je me demandais : “que faire pour me préserver et ne pas foncer droit dans le mur ? »

Anna, salariée aidante.

 

Mais cette réorganisation du temps de travail ne fonctionne pas comme un changement d’emploi du temps lambda. Certaines entreprises mettent en place des dispositifs similaires, comme les laboratoires Expanscience, qui proposent ce temps partiel spécifique. « Dans ce cadre, le collaborateur est protégé car les cotisations correspondant au temps de travail précédent restent prises en compte. C’est une façon de ne pas impacter les niveaux de retraites », explique Alexandra Jolivet, directrice des ressources humaines de l’entreprise de dermo-cosmétique. « Il est aussi possible de convertir l’argent du 13e mois en jours de congés supplémentaires. Par ailleurs, nous mettons à disposition de nos salariés aidants des ressources externes comme les contacts d’associations », ajoute-t-elle. 

 

salariés aidants

Les situations d'aidance peuvent faire l'objet d'un réorganisation du temps de travail dans certaines entreprises. Crédit : iStock

 

Former le personnel aux techniques d’écoute active 

 

La formation du personnel sur ces questions est aussi très importante. C’est d’ailleurs sur elle que parie Angélique Choukri, responsable RH sur les volets diversité, santé au travail et QVCT chez Harmonie mutuelle (groupe VYV). La mutuelle de santé forme la plupart de ses responsables RH, ses « collègues de l’écoute » et ses assistantes sociales aux premiers secours en santé mentale (PSSM). L’objectif est ici de « savoir accueillir un collaborateur qui ne va pas bien du fait de sa situation d’aidance. »  

 


À lire aussi : Santé mentale : une formation aux premiers secours pour déstigmatiser  


 

Parmi les mesures de soutien imaginées par le groupe figure le réseau des « collègues de l’écoute »« Une vingtaine de collaborateurs volontaires ont été formés aux techniques d’écoute active et un salarié en difficulté peut faire appel à ce réseau sans passer par la hiérarchie », relate Angélique Choukri.  

Les salariés aidants d’Harmonie Mutuelle peuvent aussi trouver de l’aide en ligne sur la plateforme de pair-aidance Coline Care qui permet d’entrer en relation avec des patients experts, ayant vécu des situations similaires. Le service est accessible à des entreprises de secteurs variés. 

 

un soutien des employeurs insuffisant ?

 

Mais dans la pratique, concilier son rôle d’aidant avec son métier reste un défi au quotidien. Sophie, infirmière dans un Ehpad du Bas-Rhin, en Alsace, en sait quelque chose.  

« Ma mère a des problèmes de santé depuis de nombreuses années mais son état s’est vraiment dégradé en 2024 », décrit la professionnelle. « J’en ai directement parlé à ma manageuse car les examens médicaux et les hospitalisations se sont enchaînés. Ma chance est qu’elle s’est tout de suite adaptée », souligne-t-elle. La preuve que parfois, un responsable à l’écoute suffit à soulager un salarié confronté à cette situation, sans recourir officiellement à de tels dispositifs

« Ma cadre prépare les emplois du temps sur un planning prévisionnel qu’elle dépose au début du mois. Nous avons ensuite 15 jours pour déposer nos désidératas et pour tout ce qui est médical nous allons la voir pour communiquer les dates de rendez-vous. On s’arrange de cette manière », relate Sophie.  

En pratique, même si le soutien des collaborateurs aidants tend à augmenter, 69 % d'entre eux n’ont pas informé leur employeur de la situationLa peur d’être stigmatisé ou freiné dans sa carrière sont les principales raisons citées. Et parmi les personnes concernées, 82 % aimeraient que leur entreprise soit plus active pour les accompagner

J’en ai directement parlé à ma manageuse car les examens médicaux et les hospitalisations se sont enchaînés. Ma chance est qu’elle s’est tout de suite adaptée. »

Sophie, salariée aidante.

 

Malgré certains progrès, nous sommes donc encore loin d’une généralisation de ce type de mesures« Malheureusement ce n’est pas le cœur des priorités. On parle beaucoup de bienveillance, mais les employeurs restent tout de même très orientés résultats. La pression de l’entreprise est probablement un frein à une démocratisation », note Marie-Caroline de Merlis, responsable du Fonds des aidants sous l’égide de la Fondation Notre-Dame. 

L’enjeu demeure pourtant capital, avec 25 % de la population française qui pourrait connaître une situation d’aidance d’ici 2030, selon l’Insee. 

 

Le congé proche aidant
Le congé de proche aidant, droit inscrit dans le Code du travail, permet à tout salarié d’interrompre ou réduire temporairement son activité pour accompagner un proche en perte d’autonomie. Sa durée maximale est de trois mois, renouvelable dans la limite d’un an sur l’ensemble de la carrière professionnelle.

 

Léanna Voegeli 

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