Antiquité : l’apparition de la philanthropie
[SÉRIE « HISTOIRE DE L'ÉCONOMIE ENGAGÉE »] Apparue dès l’Antiquité grecque, la philanthropie a perduré au fil des siècles. Elle représente aujourd’hui plusieurs milliards d’euros en France, issus de particuliers ou d’entreprises, qui financent des organisations et projets d’intérêt général. Certaines pratiques ne sont cependant pas sans poser de questions.
La philanthropie est une des formes les plus anciennes et universelles de l’économie engagée. Elle correspond à l'acte de donner du temps, de l'argent ou des ressources pour améliorer le bien-être des individus ou de la société. Elle vise à résoudre des problèmes sociaux, économiques, culturels ou environnementaux, souvent en soutenant des causes non ou insuffisamment couvertes par les pouvoirs publics.
L'idée de philanthropie occidentale remonte au moins à l'Antiquité grecque, où des citoyens riches finançaient des services publics comme la construction de temples, de théâtres ou de gymnases. Ces actions étaient souvent motivées par l'honneur et le prestige, plutôt que par une notion contemporaine de charité.
Le mécénat, sous-catégorie de la philanthropie, remonte quant à lui au Ier siècle avant J.-C. et est lié à la protection des arts et des lettres. Caius Maecenas, ministre de l’empereur romain Auguste, en est le premier exemple, et son nom a donné le terme de mécénat.
L’âge d’or du mécénat en Europe vient plus tard, au XVe siècle, lors de la Renaissance italienne. Il a été marqué par des personnalités telles que Laurent de Médicis, qui a soutenu des artistes comme Léonard de Vinci et Michel-Ange. Toutefois, depuis quelques années le terme a évolué en français et le « mécénat » peut désigner toutes les pratiques philanthropiques des entreprises.
Des pratiques observées dans le monde entier
Dans le monde, toutes les civilisations ont historiquement développé une morale et des pratiques philanthropiques. La philanthropie est partout profondément influencée par les religions, les cultures et les systèmes de croyances locales. Elle était souvent un acte de devoir social ou religieux plutôt qu'une simple expression de bienveillance personnelle.
Elle prend partout des noms différents. En Afrique de l’Ouest pré-chrétienne l’« ubuntu » est un concept de communauté et d’interconnexion humaine qui favorise la collaboration et la générosité. Dans l'Inde ancienne, le concept de « dāna » (don charitable) était important. Dans le monde islamique, c’est le concept de « zakat » (l'aumône) qui correspond le plus à la philanthropie. Dans le judaïsme, la « tsedaka » – un devoir de justice plus que de charité – impose traditionnellement de donner jusqu’à 10 % de ses revenus aux plus démunis. Enfin, en Chine, le bouddhisme et le confucianisme ont tous deux influencé l'idée de bienfaisance et de soutien aux pauvres.
Au Moyen Âge, une obligation religieuse et morale
Au Moyen Âge, avec l’essor du christianisme en Europe, la charité est devenue une obligation religieuse et morale pour les riches. C’est aussi une occasion de « racheter leurs péchés » et d’« obtenir le salut ». Les dons pour des œuvres pieuses étaient courants, tout comme la création d’hôpitaux, d’orphelinats et de refuges.
Au Moyen Âge, avec l’essor du christianisme en Europe, la charité est devenue une obligation religieuse et morale pour les riches. C’est aussi une occasion de "racheter leurs péchés" et d’"obtenir le salut". »
Les abbayes sont une des structures centrales de la philanthropie du Moyen Âge. Elles reçoivent régulièrement des dons, mais fonctionnent également comme des entités économiques productives semi-autonomes (eau, agriculture, artisanat) offrant leurs services gratuitement (bibliothèque, école, infirmerie). En poussant un peu la comparaison, on peut considérer qu’elles présentent des similitudes avec certaines entreprises sociales contemporaines dites « modèles économiques hybrides ».
En 909, le duc Guillaume Ier d'Aquitaine et l’abbé Bernon créent l’abbaye de Cluny en Bourgogne, une des premières d’importance. Elle offre un pôle d’innovations et de morale dans un royaume en déclin relatif. À la fin du XIe siècle, Cluny exerce son autorité sur 1450 établissements religieux, dont 815 en France. À travers le Moyen-Age, abbayes, monastères prolifèrent dans toute l’Europe.
La philanthropie prend un tournant avec la Réforme protestante et la montée des idées humanistes à partir du XVIe siècle. La charité devient plus structurée, avec la création de fondations et d'institutions parfois laïques pour aider les nécessiteux.
au XIXe siècle, le développement de la philanthropie et de sa critique
Au XIXe siècle, la philanthropie française a connu une période paradoxale marquée par des tendances opposées. Alors qu'elle se développait, elle était simultanément critiquée. Vers 1830, à l’époque de l’essor des mouvements ouvriers, des penseurs socialistes et solidaristes ont remis en question la charité traditionnelle, la percevant comme un outil au service des conservateurs pour maintenir un ordre social inégal en rendant la pauvreté plus supportable. Cependant, cette période de critiques a également été celle du renouvellement de la philanthropie, tant en France qu’à l’étranger.
En France, vers 1850, les Schneider, grands industriels, ont joué un rôle important, notamment avec leurs fondations et avec des pratiques de « paternalisme patronal » au sein de leurs usines. Aux États-Unis, des figures comme John Rockefeller et Andrew Carnegie ont contribué à l'essor de la philanthropie en créant leurs propres fondations (entre 1900 et 1913) après avoir accumulé des fortunes industrielles.
Vers la fin du XIXe siècle, la philanthropie a atteint un véritable bouillonnement en France, devenant un laboratoire d’innovation sociale. »
Vers la fin du XIXe siècle, la philanthropie a atteint un véritable bouillonnement en France, devenant un laboratoire d’innovation sociale. Des initiatives telles que la Ligue de l’enseignement, qui a lancé en 1871 le « sou de l’école laïque » pour promouvoir l’école gratuite et laïque, illustrent cette dynamique. De grandes fondations comme celle de Pasteur en 1887 ou de Thiers en 1893 ont vu le jour, tandis que des legs importants étaient faits à des institutions telles que l’Institut de France ou le Musée du Louvre.
C'est également à cette période que l'État commence à assumer un rôle plus social, bien que de manière encore limitée. L’émergence de l'État social, qui commence à répondre aux besoins autrefois pris en charge par les philanthropes, s'accompagne de la diffusion des idées philanthropiques au sein de l’appareil étatique, en partie grâce à l’élection de nombreux philanthropes en tant que députés. Reprendre ces activités philanthropiques permet à l’État de s’affirmer et de garder la main politiquement.
Au XXe siècle, l'émergence puis la crise de l’État-providence
Au XXe siècle la philanthropie est bouleversée par l’émergence puis la crise de l’État-providence. Entre les deux guerres, et encore plus après 1945, les États européens, dont fortement la France, renforcent progressivement leur rôle social, avec la montée de l'État-providence. La philanthropie diminue en importance et s'ajuste à ce contexte en se concentrant progressivement davantage sur des domaines moins couverts par l'État, comme la culture et la recherche.
Après la Seconde Guerre mondiale commence une phase de structuration et de professionnalisation, d’abord dans les pays anglo-saxons. La philanthropie se professionnalise avec la création d’organisations plus structurées et d’outils de gestion modernes. Ayant l’intérêt général pour unique raison d’être officielle, ces organisations adoptent des approches rigoureuses pour maximiser l'impact de leurs actions. Les grandes fondations sont pionnières dans l’économie engagée, dans la mise en place de stratégies de long terme, d’évaluations d’impact, et de collaborations avec des experts et des gouvernements.
À partir des années 1970, un nouvel intérêt pour la philanthropie émerge. C’est alors un contexte de début de crise de l’État-providence et d’essor de la société civile. »
À partir des années 1970, un nouvel intérêt pour la philanthropie émerge. C’est alors un contexte de début de crise de l’État-providence et d’essor de la société civile. Citons notamment en France, le développement de la Fondation de France, créée en 1969. Organisme privé et indépendant, elle est tout de même née d'un décret signé par le général de Gaulle. Son but est d’encourager les particuliers à soutenir l’intérêt général. Dans la même logique, dans les années 1980, globalement à une période où domine la pensée libérale, des lois ont été votées en France pour clarifier le cadre juridique et fiscal des fondations (loi du 23 juillet 1987), dont la reconnaissance de celles créées par des entreprises (loi du 4 juillet 1990).
La philanthropie prend également à cette époque une dimension internationale. Le monde est traversé par de graves crises humanitaires, notamment la famine en Éthiopie, ainsi que les conflits civils au Soudan, au Liban et au Rwanda. Face à ces situations d'urgence fortement médiatisées, l'aide humanitaire connaît une expansion importante. Les ONG adoptent de nouvelles stratégies de visibilité médiatique et de marketing, qui permettent efficacité de la collecte et soutiennent cette démocratisation de la philanthropie auprès des particuliers, mais aussi des entreprises.
Le soutien temporaire lors de crises urgentes paraît progressivement trop limité, notamment pour les donateurs, et de plus en plus de projets d’aide en développement apparaissent.
De nombreuses tendances récentes, parfois contradictoires
Une philanthropie plus stratégique : « venture » et « trust-based »
Dans les années 1990, une nouvelle école de pensée se développe aux États-Unis sous l’influence d’entrepreneurs issus de la Silicon Valley : la venture philanthropy. Inspirée du capital-investissement, elle propose une philanthropie plus stratégique, fondée sur des indicateurs d’impact, un accompagnement renforcé des projets, et une logique d’investissement social.
Très présente dans les milieux anglo-saxons à partir des années 2000, elle donne lieu en Europe à la création de fonds dédiés et d’un réseau structurant (EVPA créé à Bruxelles en 2004). Mais cette approche soulève des critiques : excès de contrôle, lourdeur administrative, manque de financement des frais de structure… Cette approche est une des racines de ce qui deviendra l’impact investing, terme qui lui-même évoluera.
En réponse, une autre vision émerge au cours des années 2010 : la trust-based philanthropy. Portée d’abord par des fondations nord-américaines, elle prône une redistribution du pouvoir entre bailleurs et associations, via des financements pluriannuels non fléchés, une confiance accordée aux acteurs de terrain, et une simplification des processus, incluant notamment un reporting allégé, pour éviter d’imposer aux associations trop de lourdeurs administratives. Après la crise du covid-19, cette approche a connu un fort regain : de nombreuses fondations ont maintenu les pratiques nées de l’urgence, et revendiquent désormais un modèle de partenariat plus horizontal et durable.
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Ces deux courants — venture et trust-based — incarnent les tensions contemporaines entre efficacité managériale et autonomie sociale dans l’écosystème philanthropique.
Notons également que certains riches philanthropes de nouvelle génération considèrent l’entrepreneuriat social comme la solution la plus durable pour avoir un impact positif sur la société. Ils vont privilégier leur soutien à des structures qui ont la capacité d’avoir au moins une partie de leurs revenus issus d'activités commerciales et non dépendant à 100 % de la philanthropie.
Une philanthropie décentrée : l’essor du Sud global
Depuis 2000 environ, la philanthropie au Sud global vient également du Sud, avec l'émergence de leaders qui créent leurs propres fondations, tels que Mo Ibrahim et Aliko Dangote en Afrique. Ils soutiennent principalement des projets éducatifs, de santé et de développement communautaire.
Une philanthropie participative et numérique
Aujourd’hui, la philanthropie continue à se démocratiser grâce à des initiatives variées : le street-fundraising, les plateformes de dons en ligne comme GoFundMe (Californie, 2010) ou Ulule (France, 2010), des solutions innovantes telles que Goodeed (France, 2012) qui permet à des marques de lier philanthropie et publicité. De grands relais médiatiques se sont montés tels que, en France, le Téléthon (1987), le Sidaction (1994), ou encore des événements digitaux massifs comme ZEvent (2016), qui mobilise chaque année des millions d’euros pour des causes sociales. Les campagnes virales, à l’image du Ice Bucket Challenge en 2014, montrent aussi la capacité de la philanthropie à devenir un phénomène de société et à toucher de nouveaux publics.
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Au-delà de ces grandes campagnes, la philanthropie s'invite aussi dans les gestes ordinaires du quotidien. L’arrondi en caisse, lancé à grande échelle par MicroDon en 2013, permet à chaque client de contribuer à une association en arrondissant le montant de ses achats. Les collectes en supermarché, notamment pour des biens alimentaires ou des fournitures scolaires, incarnent également ces formes d'engagement collectif et accessible, souvent coordonnées par les Banques alimentaires ou d'autres réseaux associatifs.
La philanthropie individuelle est en hausse : en 2022, les particuliers français ont donné 5,4 milliards d’euros, tandis que les entreprises françaises ont contribué à hauteur de 3,8 milliards, pour un total de 9,2 milliards d’euros de dons annuels. »
Ces nouveaux outils permettent à chacun de contribuer, même modestement, à une grande diversité de causes. La philanthropie individuelle est en hausse : en 2022, les particuliers français ont donné 5,4 milliards d’euros (ce qui représente 58 % de la philanthropie totale), tandis que les entreprises françaises ont contribué à hauteur de 3,8 milliards, pour un total de 9,2 milliards d’euros de dons annuels [1]. Ce mouvement est soutenu par la loi Aillagon de 2003, qui encourage le don aux structures d’intérêt général grâce à un dispositif fiscal attractif : 66 % de réduction d’impôt pour les particuliers et 60 % pour les entreprises. Ce dispositif souple a peu d’équivalents dans le monde.
Pour de nombreuses entreprises, la philanthropie – qu’il s’agisse de dons financiers, de mécénat de compétences ou de ressources – reste un levier majeur de leur politique d’impact positif. Si cela peut sembler classique et peu innovant, leur engagement demeure crucial pour le financement du secteur associatif. Pourtant, un paradoxe persiste. La loi Aillagon avait initialement affirmé que le mécénat ne devait surtout pas devenir le cœur de l’entreprise. Or, on observe parfois l’inverse, avec une philanthropie d’entreprise stratégique, étroitement liée à la communication, à la marque employeur, indirectement à la formation des futures recrues, voire aux activités-cœur de l’entreprise. L’idée est que soutenir ses communautés est bon pour l’entreprise. Ce sont ces arguments de retours sur investissements - directs ou indirects - qui permettent de convaincre certains dirigeants de développer leurs pratiques de philanthropie d’entreprise. À partir de quand peut-on considérer que cet intérêt est problématique ?
Quoiqu’il en soit, malgré ces possibles intérêts objectifs, seules 9 % des entreprises françaises font du mécénat en 2022 selon Admical.
Le niveau et la durée de ces pratiques de philanthropie d’entreprises varient grandement. Certaines s’engagent via des dispositifs structurants, comme le mouvement 1% for the planet, né en 2002, qui invite les entreprises à reverser 1 % de leur chiffre d’affaires à des causes environnementales.
D’autres vont plus loin encore, en allouant une partie significative de leurs bénéfices à des actions d’intérêt général : c’est le cas de la Maif, qui consacre 10 % de ses résultats à des projets de préservation de la biodiversité et de solidarité climatique via son « dividende écologique », ou du Crédit Mutuel Alliance fédérale, qui a annoncé en 2023 la création d’un « dividende sociétal », qui consiste à affecter 15 % de son résultat à un fonds chargé d’investir dans des entreprises à impact, ainsi qu’à des actions de mécénat et au développement de services solidaires.
Les fondations et fonds de dotation deviennent de grandes institutions et jouent un rôle central : en 2024, ils ont distribué 17,2 milliards d’euros pour l’intérêt général. »
En complément, les fondations et fonds de dotation deviennent de grandes institutions et jouent un rôle central : en 2024, ils ont distribué 17,2 milliards d’euros pour l’intérêt général. Ce montant dépasse largement le seul volume des dons (9,2 milliards), car il inclut aussi 8 milliards d’euros issus d’autres ressources : revenus du patrimoine des fondations qui sont très conséquents (placements, loyers, dividendes), legs, produits d’activités propres (ventes, événements, loteries) et marginalement des subventions publiques. Ainsi, la philanthropie française s’appuie aujourd’hui sur un écosystème de financements diversifiés, ce qui renforce sa capacité d’action et son impact social.
Ces initiatives traduisent une philanthropie de plus en plus diffuse, intégrée dans les flux économiques ordinaires, et qui permet à chacun – clients, salariés, actionnaires – de devenir acteur du don.
Une philanthropie d’ampleur : la turbo philanthropy
À l’opposé de ces tendances à la démocratisation et à l’institutionnalisation, la turbo philanthropy est une autre tendance récente. La notion émerge en 2005 pour décrire une nouvelle ère de philanthropie, marquée par des actions rapides et massives de la part de milliardaires. Portée par des figures comme Bill Gates et Warren Buffett (qui se sont engagés par écrit à donner au moins 50 % de leur fortune), cette approche combine innovation technologique, investissements à grande échelle, et partenariats publics-privés pour résoudre des défis globaux, notamment dans la santé, l'éducation, et le développement durable.
La turbo philanthropy porte souvent la marque d’ambitions supérieures. Il ne s’agit plus d’agir à la marge mais de transformer une situation. Ainsi depuis 2000 la Fondation Bill & Melinda Gates a pour objectif d’éradiquer totalement la poliomyélite de la surface de la terre. Cela nécessite des fonds gigantesques (5 milliards d’euros ont déjà été investis), des partenariats et une organisation très rigoureuse, car si un seul cas de polio subsiste dans une campagne isolée, tout est potentiellement à recommencer.
Bien qu'efficace, la turbo philanthropy soulève des questions éthiques sur la concentration de pouvoir, la transparence et l'influence privée dans les affaires publiques. Si tout le monde peut se réjouir de la disparition de la polio, que penser du plan « Périclès » du milliardaire français Pierre-Edouard Stérin ? Grâce à 150 millions d’euros investis sur 5 ans, dont une partie importante en dons, son objectif est de diffuser les idées de l'extrême droite en France, afin qu’elle arrive au pouvoir.
De nouvelles zones grises : entre don et influence
Dernièrement, on a pu constater que les frontières entre philanthropie désintéressée et investissement ou achat intéressé n'apparaissent pas toujours clairement. Ainsi sur certaines plateformes en ligne, des dons offrent des contreparties matérielles clairement présentées, ressemblant à un achat. De plus, certaines fondations d'entreprises soutiennent des projets améliorant fortement leur image ou demandent par contrat des services concrets de la part des associations, à la limite de la légalité.
On peut également penser aux dons de Bernard Arnault et François Pinault pour soutenir la reconstruction de Notre-Dame de Paris. On peut leur prêter de nombreuses intentions, mais comment savoir ce qu’ils attendent ou non de leur pratique philanthropique ? Au fond, on ne peut pas tout savoir des intentions d’un philanthrope. L’histoire de la philanthropie, branche essentielle de l’économie engagée, s’est construite malgré ce flou.
Par ailleurs, la philanthropie fait partie de l’économie à impact, dans le sens où ce sont des activités qui existent pour avoir un impact social ou écologique positif. Il est clair pour autant qu'à toute époque, la grande majorité de l’argent donné par les philanthropes a été gagné hors de l’économie à impact, parfois même clairement dans des entreprises en partie négatives pour la société.
Au fil des siècles, la philanthropie a changé de visage, de vocabulaire, de logique et d’échelle. Elle est devenue indispensable à de nombreuses organisations et projets d’intérêt général. Mais elle reste toujours traversée par une même tension : entre l’élan sincère de solidarité, et les logiques de pouvoir qui accompagnent inévitablement la circulation de l’argent.
Félix Beaulieu 
[1] Source : « Panorama national des générosités 2024 », coordonné par France Générosités avec l’Observatoire Philanthropie & Société de la Fondation de France. On entend ici le mécénat d’entreprise sous toutes ses formes, à savoir financier, en nature et de compétences.
Pour aller plus loin :
5 dates à connaître sur l’évolution des fondations 
Histoire des fondations en France, par Francis Charhon 
Affaiblir la philanthropie serait une faute historique à l’heure des colères, par Francis Charhon 
Pour en savoir plus sur la série d'articles « Histoire de l'économie engagée » : Une histoire de l'économie engagée : note d’intention 