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Par Carenews INFO - Publié le 9 mars 2026 - 07:30 - Mise à jour le 9 mars 2026 - 10:04 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Airbus, LVMH, Société générale… Sur la biodiversité et la nature, les pratiques des grandes entreprises jugées « largement insuffisantes »

Le WWF France a analysé les rapports de durabilité des entreprises du CAC 40, détaillant leurs impacts sociaux et environnementaux. L’ONG estime que les questions de biodiversité et de nature ne sont pas prises en compte à hauteur des enjeux.

Une seule entreprise sur 40 obtient la moyenne. Crédit : iStock.
Une seule entreprise sur 40 obtient la moyenne. Crédit : iStock.

 

 

« La responsabilité des entreprises est déterminante » dans « la dégradation accélérée de la nature », indique Alexandra Palt, présidente du WWF France, dans l’éditorial du rapport publié par la fondation le 19 février. Or, leur activité dépend systématiquement de la biodiversité et des écosystèmes, par exemple pour s’approvisionner en eau douce ou en matières premières. 

C'est pour cela que le WWF France, dans son rapport, a souhaité évaluer la prise en compte des « enjeux liés à la nature » par les entreprises du CAC 40, c’est-à-dire leur prise en compte de la biodiversité, de l’eau, des ressources et de l’économie circulaire ainsi que des pollutions. Elle a évalué sur 100 l’action de chacune d’entre elles : la moyenne s’établit à 32/100. 

« Le rapport met en évidence des initiatives encourageantes, mais aussi un décalage persistant entre les discours et les actions ou les moyens réellement mobilisés », résume Alexandra Palt dans son édito. Les pratiques « restent largement insuffisantes au regard des enjeux stratégiques liés à la nature », écrivent les auteurs.  

 


Lire également : L’effondrement de la biodiversité menace les entreprises, selon l’IPBES, le « Giec de la biodiversité » 


 

Des « lacunes profondes » 

 

Trois groupes d’entreprises, aux résultats différents, sont identifiés. Celles appartenant au premier, notamment composé de Kering (en tête avec 52/100, la seule entreprise au-dessus de la moyenne), LVMH, Carrefour, L’Oréal ou Hermès, obtiennent une note supérieure à 40/100. Elles se caractérisent par leur « forts impacts et fortes dépendances à l’égard de la nature ». Leurs pratiques s’avèrent « parfois intéressantes » mais « le niveau d’ambition demeure souvent largement insuffisant » et « les bonnes pratiques ne sont pas systématisées ».  

Une vingtaine d’entreprises, ensuite, se voient attribuer une note comprise entre 39 et 27/100. Il s’agit notamment de Renault, Accor, Dassault Systèmes ou Airbus. Elles n’intègrent que « très partiellement » les enjeux liés à la nature, avec « des engagements et actions de préservation limitées ». « Cette faiblesse dans les pratiques est inquiétante étant donné les impacts souvent importants exercés par ces entreprises sur la nature », commente le WWF France. En effet, elles appartiennent « majoritairement » à des secteurs « en lien avec les industries extractives », dépendantes des matières premières. 

Enfin, le groupe de queue regroupe des entreprises notées entre 26 et 18/100. Publicis Groupe, BNP Paribas, Société générale, Thales ou Orange en font partie. Leurs secteurs d’activités sont « hétérogènes mais avec une forte concentration d’acteurs bancaires ». L’ensemble se caractérise par « une compréhension très insuffisante de leurs enjeux à l’égard de la nature » et des « lacunes profondes en matière d’engagements  et de pratiques ». Un constat « alarmant », dans la mesure où « nombre de ces acteurs » ont « une responsabilité considérable dans la dégradation des écosystèmes ».  

 

Classement des entreprises
Dans le rapport, le WWF France analyse les pratiques de chacune des 40 entreprises. Crédit : WWF.

 

Un manque de traçabilité 

 

Pour arriver à ce résultat, le WWF France s’est appuyé sur les rapports publiés pour répondre aux exigences prévues par la directive européenne sur les rapports de durabilité, ou CSRD. Les entreprises qui y sont soumises doivent documenter leurs impacts sur les enjeux sociaux et environnementaux, ainsi que les impacts de ces enjeux sur leur activité. Cela concerne toute leur chaîne de valeur, qui intègre les activités en amont et en aval de leur propre production.  

Pour ce qui est de l’analyse effectuée, « peu d’entreprises documentent leurs impacts », au-delà des fournisseurs directs, constate le WWF France. L’ONG regrette un « manque de traçabilité » des approvisionnements. D’autre part, « très peu d’entreprises s’attachent aujourd’hui à structurer une stratégie portant sur les impacts finaux de leurs produits ou services, une fois ceux-ci mis sur le marché et utilisés par les clients ».  

 

Un risque de greenwashing 

 

« La formalisation et la mise en œuvre de plans d’action sur les enjeux nature est très hétérogène au sein des entreprises du CAC 40 », poursuivent-ils. Dans « la grande majorité » des cas, les plans d’actions ne sont « pas (ou très peu) structurés, avec certaines actions ne répondant que de façon parcellaire à un impact donné, pourtant identifié dans l’ensemble des opérations directes de l’entreprise ». Par exemple, en ce qui concerne la pollution, « certaines entreprises visent principalement dans leur plan d’action les polluants atmosphériques, sans développer les mêmes actions sur les micro-plastiques ou substances préoccupantes », alors qu’elles reconnaissent leur impact. Les auteurs pointent également « un manque réel de transparence par rapport aux résultats quantifiés des actions mises en place ».  

De plus, « de trop nombreuses entreprises du CAC 40 présentent des actions dépourvues de plan de financement », déplore le WWF France. Cela « constitue un signal d’alerte et fait peser un risque fort de “greenwashing” au sein du CAC 40 », fait-il valoir.  

 


Lire également : Biodiversité : pourquoi toutes les entreprises doivent s'engager 


 

Une faible importance stratégique ?  

 

Par ailleurs, des acteurs comme « les collectivités, les acteurs locaux, les fournisseurs, les communautés locales ou la société civile » ne sont globalement pas associés aux décisions de l’entreprise concernant la transition. Cela « conduit à ignorer les savoirs et réglementation locales, à accroître les risques de conflits d’usage et à affaiblir la légitimité, l’ancrage territorial et l’efficacité des actions mises en œuvre », estime l’ONG.  

Concernant les sujets liés à la prise de décision, la majorité des entreprises « mentionnent avoir établi une gouvernance des enjeux de durabilité structurée à plusieurs échelles », au niveau du conseil d’administration comme des équipes opérationnelles. « L’approche environnementale est (...) encore largement structurée autour du climat », regrettent-ils cependant. Le WWF France relève que « les enjeux “nature” restent le plus souvent dilués dans des cadres génériques », comme ceux « d’environnement » ou de « durabilité ».  

En outre, une majorité des entreprises n’intègre pas d’indicateur lié à la nature dans la rémunération variable des dirigeants, ce qui constitue pourtant un « indicateur révélateur du niveau de prise en compte stratégique d’un sujet ». Du côté des salariés, « de nombreuses entreprises du CAC 40 n’ont pas défini de programmes de formation spécifiquement dédiés aux enjeux nature matériels », ce que recommande pourtant le WWF France.  

 

Célia Szymczak 

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